<img src="../icones/banniere.gif" width="900" height="400" alt="jurandoubs" />

Douze ans après : Le Soleil des mourants


De Jean-Claude Izzo, je connaissais la trilogie "Total Khéops", "Chourmo" et "Solea", les aventures du flic marseillais Fabio Montale. J’ai été de ceux qui ne l’ont pas reconnu sous les traits d’Alain Delon. Comment faire du chaud avec du froid ? De la passion avec du calme ? De l’engagement humaniste avec du strass ?

J’en étais resté là, passant à autre chose. Un journaliste passe souvent à autre chose. Izzo a été journaliste, militant, écrivain. Cela me suffisait pour m’en faire un complice, un camarade.

Douze ans après sa parution, je viens de découvrir son dernier roman, Le Soleil des mourants, publié en septembre 1999, peu avant sa mort en janvier 2000. Une merveille de noirceur et d’humanité, de douceur et de douleur. La lente descente d’un homme abandonné par l’amour, un clodo dans l’allure et l’addiction, la condition. Un exclus à la pensée terriblement humaine. Un homme qui a lâché prise mais s’accroche encore à la rencontre, à l’amitié, à l’amour...

Daniel BORDUR, 14 01 2012

Extrait

« - À quoi bon se raconter des histoires. Je te l’ai expliqué, Rico, je suis comme si j’étais morte. Toi, tu ne sais pas où tu es mort. Ni quand. Mais tu es comme moi, ça, je le sais. On se trimballe avec nos vieilles peaux. Nous ne sommes plus que des emballages vides.

« Des images alors dans la tête de Rico. À toute vitesse. Sophie claquant la porte. L’accident de voiture. Les larmes de Julie. L’appartement déserté par Malika. Sa seconde nuit dans la rue. Son corps roulant dans le caniveau. Le regard vide de Julien... Et puis, au ralenti, une dernière image s’était imposée. Titi sur une civière. Titi qu’on emporte. Et tout s’achève. Titi !

« - Ouais, avait-il admis avec lassitude. C’est ça... Mais, avait repris Rico, on a encore un petit bout de chemin à faire. Toi... aller flinguer ce type. Dragan...

« - Je ne sais plus, Rico. J’y pense souvent, tu vois. Mais... Quand la douleur est trop fort, on a envie de tuer. On se répète ça : "je vais le tuer." Pour mettre un terme à la douleur. Pour épuiser la haine... Mais dans le fond, ça changerait quoi ? Ca changera quoi à la haine des uns et des autres ? Hein ? Tu peux me le dire ? Des Bosniaques, des Serbes aujourd’hui. Des Serbes, des Albanais demain... Il y aura toujours des Dragan... Et des Sélim... Je ne retournerai pas là-bas.

« Les yeux de Mirjina s’étaient rétrécis en deux points lumineux. Deux iris d’or.

« - Je suis au bout de mon chemin, Rico. Ici avec toi.

Toute la lumière qui l’avait ébloui ce matin l’enveloppait de nouveau.

« - Et toi ?

« - Moi...

« Il revoyait le visage de Léa. Et son corps. Dans le petit soleil couchant qui entrait par la fenêtre de son petit appartement, près du port. Il la revoyait, poussant ses cuisses, à califourchon sur lui, son dos cambré, ses seins tendus...

« - Je veux juste redonner vie à un souvenir. Un souvenir qui te ressmble, Mirjana. »

page 186 de l’édition 1999 de Flammarion, 270 pages, 110 francs à l’époque, environ 16,60 euros.


Voir aussi le site officiel, mis en ligne par son fils, Sébastien Izzo :

http://www.jeanclaude-izzo.com/

Textes et images © Jurandoubs | mentions légales | Site réalisé avec SPIP par Lionel Volta.