Un colloque sur les enjeux du vieillissement a confronté au printemps 2008 à Arc-et-Senans, professionnels et personnes âgées, discours savants et témoignages, théorie et réalité...
L’anecdote qui suit dit mieux qu’un discours l’intérêt du colloque « Vieillir seul et avec les autres », organisé le 28 mai 2008 à la Saline royale par le conseil général du Doubs et l’Institut régional du vieillissement. Une vieille dame, alerte et vivant seule, se casse l’épaule. On l’emmène à l’hôpital où l’opération se passe si bien que le chirurgien lui dit : « C’est bon, vous pouvez rentrer chez vous ».
Norbert Duquet, membre du Conseil départemental des personnes âges (Coderpa) où il représente la CFDT, raconte la suite : « Elle ne pouvait plus conduire, s’habiller, cuisiner... Le chirurgien avait besoin du lit qu’elle occupait, elle a dit ’’je reste’’ et elle a tenu. Ni l’Assad [1], ni la famille ne pouvaient répondre immédiatement ».
Suivi par 230 personnes, le colloque vise en fait à « confronter des politiques et des professionnels, des aidants et des personnes âgées, à permettre la rencontre, l’échange entre théorie et réalités », explique Jean-Michel Boudart, directeur adjoint du service Autonomie du conseil général. Le colloque répond, estime Norbert Duquet « au besoin de mettre en relation tous les gens qui travaillent autour d’une personne âgée ». À faire en sorte que l’infirmière, l’aide à domicile et l’assistante sociale n’œuvrent pas chacune dans son coin. Ce que le Coderpa a préparé en établissant 35 fiches-actions destinées à « concrétiser » les 15 objectifs du schéma gérontologique adopté en février par le conseil général.
Il s’agit d’améliorer les conditions de vie en cherchant à résoudre des problèmes basiques : « Quand on emmène une personne âgée à l’hôpital, on ne sait pas qui a la clé ou qui va s’occuper du chat. Une travailleuse sociale m’a dit passer 3 à 4 heures par semaine à régler ce type de problème... »
Reste que toute action publique s’inscrit dans une conception du monde et de la vie. Pour le philosophe Gérard Guieze, « refuser de vieillir en repoussant le vieillissement jusqu’à l’extrême vieillesse, ce n’est pas bien vieillir. La vieillesse n’est pas qu’un processus pathologique... » La sociologue Dominique Jacques-Jouvenot constate que si « la mort est devenue invisible, il ne faut pas que la vieillesse le devienne... Il n’y a plus de société quand il y a rupture entre les générations ». La psychologue Magalie Bonnet a une jolie formule : « Vieillir n’est pas mourir car nous avons deux alternatives : vieillir ou mourir ».
À côté de cela, le droit incite à se projeter quand, explique la juriste Catherine Philippe, la loi prévoit « des directives anticipées qu’on peut donner à son médecin sur l’acharnement thérapeutique ». Ou quand elle envisage un « mandat de protection future par lequel on désigne la ou les personnes qui auront notre pouvoir de décision quand nous ne pourrons plus le faire ».
Trois débats ont suivi. Sur le passage à la retraite, histoire de montrer que le vieillissement ne se résume pas aux soucis de santé : « il ne faut pas penser qu’au coût social de la dépendance, mais aussi au rôle économique des personnes âgées, à leur rôle social quand elles gardent les petits-enfants... » .
On a discuté perte d’autonomie et fin de vie, thèmes émotionnellement chargés qui ne doivent pas cacher une réalité peu médiatisée : « On a de la vieillesse une vision négative, c’est un âge qu’on ne veut pas voir. Ce n’est pas forcément un moment qu’on passe en mauvaise santé. Chaque année, on gagne un trimestre d’espérance de vie », explique Jean-Michel Boudart, « et l’espérance de vie sans incapacité augmente encore plus vite ».
Claude Jeannerot ayant ouvert les débats en parlant de « citoyenneté », le conseil général devrait « s’inspirer » des travaux du colloque pour promouvoir des « bonnes pratiques ». Qu’est-ce à dire ? La bientraitance ne doit par exemple pas être une entrave au droit au risque, inhérent à la vie : « Va-t- on empêcher quelqu’un de se déplacer au motif qu’il risque la chute, sachant qu’une victime sur quatre de fracture du col du fémur en meurt ? »
Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 29.05.2008