daniel bordur - journaliste

Une avocate, dix gardes à vue...


Épuisée ! Myriam Kabbouri est sortie épuisée des premières 24 heures d’application de la présence d’un avocat auprès des gardés à vue. Le hasard du tour de garde a voulu qu’elle soit de permanence de samedi à 9 h à dimanche matin. « J’ai été appelée vers 15 h par le commissariat pour deux gardés à vue placés dès 7 h en cellule de dégrisement. J’y suis allée à 16 h, j’en suis sortie un peu plus d’une heure après. J’y suis retournée pour une audition à 21 h, puis à 1 h et à 2 h 30. Je suis sortie dimanche matin à 10 h 30... Si j’avais eu à plaider, ça aurait été problématique ».

Sur la douzaine de gardés à vue, l’avocate en a vu une dizaine, un ayant refusé, un autre étant ivre. « Parmi ceux que j’ai assistés, l’un avec un passé judiciaire a d’abord refusé ma présence, il n’était pas au courant. Mais il a vite compris que c’était bien pour lui d’avoir un avocat... » Et les autres ?« Cela les rassuire, les apaise... Cela permet d’éradiquer tout risque pour le justiciable... Bien sûr, notre présence influence, voire bouscule les méthodes de travail des policiers. J’ai constaté qu’ils manquent de personnel : avant, ils pouvaient faire plusieurs auditions simultanées, avec un seul avocat, ils n’en font qu’une à la fois ».

Manque une salle pour les auditions multiples

Transmis à Laurent Marthey, secrétaire départemental du SNOP, le syndicat national des officiers de police. Il opine : « Il faudrait davantage de monde pour la sérénité des enquêtes. Il manque aussi une salle pour des auditions avec de multiples parties, où chacun a son avocat... Il est aussi possible que les gardes à vue soient plus longues car il y a plus de contraintes ». L’avocate pense qu’il y en aura moins, il n’y croit pas.

La présence de l’avocat lors des auditions, change-t-elle l’attitude des gardés à vue ? « Ils ne sont pas différents, disent les mêmes choses que d’habitude », répond l’officier. « Mais pour l’instant, on n’a pas encore intégré la nouveauté, on n’en est qu’à 48 heures de fonctionnement. Et ce week-end, on n’a eu que des affaires simples où les faits parlaient d’eux-mêmes. Mais on devra davantage s’organiser, anticiper, si par exemple on décide d’une seconde audition ».

Faut-il signer le PV ?

Dans ce cas, l’avocat devra aussi être présent dans des locaux peu préparés, exigus. Ce week-end, chacun y a mis de la bonne volonté : « Les policiers étaient dans le flou », dit Me Kabbouri. « Personne ne savait les modalités précises », dit M Marthey en donnant « un détail » en exemple : « L’avocat doit-il signer le PV d’audition ? Je dis oui, je l’ai fait signer ». Christophe Carré, le bâtonnier, fait la même analyse : « Je ne suis pas choqué par cette signature ». Jean-Michel Vernier, président de la commission pénale du barreau, s’interroge : « J’ai l’impression que quand on signe, on se retrouve comme dans un acte d’instruction... »

En fait, tous en conviennent, on « manque de recul ». Me Kabbouri attend que la mesure « prenne tout son sens dans les gros dossiers, ceux où les aveux ont posé le plus de difficulté ».

Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 19.04.2011

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