Emploi et conditions de travail sont au coeur d’un mouvement lancé par la seule CGT.
« Les promesses ne suffisent plus, il faut des actes ». Pour Didier Gautier, délégué syndical CGT de Besançon-Mobilités, la filiale de Transdev qui gère le réseau Ginko depuis le 1er janvier, le préavis de grève de 72 heures à partir de vendredi 9 septembre, pendait au nez de la direction.
Deux fois, en juin puis en juillet, le préavis n’avait pas été déposé après qu’elle se soit engagée à répondre aux questions des représentants des salariés. « Nous avions d’abord obtenu que le coupe-gorge du terminus des Founottes, après une agression, soit déplacé. Mais on nous y fait retourner », explique Didier Gautier, conducteur de bus depuis 34 ans. Il poursuit : « Nous avions ensuite eu satisfaction sur l’aménagement de deux nouveaux terminus à Avanne (ligne 27) et Superfos (ligne 22). La direction nous a dit être d’accord avec nous pour des sanitaires avec eau chaude, WC pour femmes et pour hommes, petite salle isolée des usagers pour la pause physiologique, puis elle dit que c’est trop cher. Les deux fois, ils sont revenus en arrière. Depuis 2002, nous réclamons des sanitaires aux terminus... »
La CGT invoque aussi un sous-effectif chronique. « Il y a 2 656 jours de récupération non pris, c’est l’équivalent de 11,5 postes sur une année. Sans compter les repos mobiles (repos sous astreinte) et de nombreux congés annuels et jours RTT non encore posés », ajoute le délégué. La situation est telle qu’on a vu cet été « des conducteurs sans bus et des bus sans conducteur ».
La raison ? Le service d’intervention, qui vient secourir les bus en panne durant le service, a été « sans bus tout l’été ». Bref, la coupe est en train de déborder. Parmi les revendications mentionnées sur le préavis, figure la demande de retrait du projet d’observateur anonyme dans les bus : « hors de question qu’on soit fliqué », dit Louis Magnin-Feysot, délégué du personnel. « On est d’accord pour que les gens montent et interrogent la clientèle, mais pas anonymement ».
Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 09.09.2011
Selon la direction qui se base sur les déclarations des conducteurs 48 heures avant le mouvement, 75 % des services seront assurés aujourd’hui et 45 % demain. Il n’y aura aucun bus en soirée et certains circuits Diabolo ne circuleront pas.
Ça flingue chez Transdev ! Gestionnaire depuis neuf mois du réseau Ginko qu’il a arraché à Kéolis qui le dirigeait depuis toujours, Transdev a trouvé en son prédécesseur le principal responsable de ses déboires d’aujourd’hui.
C’est assez bien vu. Cela permet de ménager la CGT, qui a tout de même lancé un préavis de grève de trois jours. Le syndicat aurait mal compris les intentions de la direction qui comprend bien qu’il doive suivre sa base... Cela permet aussi de décliner toute responsabilité dans la situation de l’entreprise. C’est de bonne guerre, mais c’est un fusil à un coup.
Cela nous rappelle une bonne blague qui faisait rire en Union Soviétique. Le nouveau leader demande conseil à son prédécesseur en cas de crise. Celui-ci lui donne alors deux enveloppes.
Après la lune de miel et une période d’observation, arrive une première crise. Le nouveau dirigeant ouvre la première enveloppe. Il y est écrit : « Dîtes que c’est de ma faute ». Le nouveau leader charge donc l’ancien, la crise s’apaise. Peu après survient une nouvelle crise et le dirigeant ouvre la deuxième enveloppe. Il y est écrit : « Préparez deux enveloppes ».
Vous savez comment s’appelle la séance de découverte des offres quand on délègue un marché public à la concurrence ? L’ouverture des plis !
Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 09.09.2011
C’est ce samedi 10 septembre 2011 que la grève est la plus suivie : 45 % des bus en journée, zéro en soirée.
Le soir, l’absence des bus pénalise « ceux qui veulent sortir, aller au restaurant ou au cinéma », note une Planoisienne qui n’a pas attendu plus que d’habitude pour venir au travail, au centre-ville, hier matin. Le fait que les trois quarts des services aient été assurés, hier, y est pour quelque chose. Il n’en ira pas de même aujourd’hui. La direction prévoit moins d’un bus sur deux en journée et aucun en soirée. « Il y aura 77 grévistes sur 101 services au dépôt de Planoise », dit Mickaël Mouette, élu UNSA au conseil de discipline. Son syndicat n’a pas signé le préavis déposé par la CGT, mais il en partage cependant les objectifs.
Le délégué CGT Didier Gautier en est persuadé, la grève a déjà eu un effet : « La constitution du groupe de travail sur les sanitaires aux terminus est une conséquence du préavis. On ne revendique pas d’argent, mais des conditions de travail. Hier encore, ils ont piqué six repos mobiles sur Planoise ». Six conducteurs qui ont dû renoncer à une journée de repos, ce qui illustre l’accumulation de récupérations, congés annuels et jours RTT non pris. Il montre un procès-verbal du comité d’entreprise de juillet qui fait état de 3 500 journées restant à prendre avant la fin de l’année, en plus des 2 656 récupérations. « Cela fait 26 personnes qu’ils pourraient embaucher pour ce qu’ils nous doivent... »
Jean-Marc Horvat, le directeur général ne fait pas le même calcul. « Depuis Kéolis (l’ancien délégataire), les compteurs de récupérations, RTT et congés ont arrêté de se dégrader ». Ces jours seront-ils perdus s’ils ne sont pas pris avant le 31 décembre ? « Non, il n’est pas question de pénaliser les salariés », répond-il. Ancien de Kéolis (il a dirigé Monts Jura), Jean-Marc Horvat explique : « C’était le profit avant tout, avec Transdev, j’ai changé de monde, il y a une stratégie à long terme... »
Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 10.09.2011
Demain, circulation normale en journée, aucun bus en soirée.