Le 25 novembre dernier, le tribunal de commerce de Luxembourg prononçait la faillite de la société Translaure, filiale des Transports Jeantet de Besançon. La mesure avait un effet immédiat : le licenciement de ses 19 salariés dont 14 chauffeurs routiers qui l’avait appris par téléphone (ER du 29 novembre).
Quinze jours plus tard, l’un d’eux, François Mesnier, est mort d’une crise cardiaque quelques heures après avoir consulté son médecin pour stress. Son entourage ne l’avait jamais vu aussi préoccupé.
Un mois plus tard, aujourd’hui donc, les anciens salariés ne sont toujours pas indemnisés. Selon l’un d’eux, cela peut prendre de deux à trois mois, mais il ne sait à partir de quand : la faillite ou les nouvelles audiences du tribunal des 20 décembre et 6 janvier... Ils attendent les salaires et les frais de route de novembre, les congés payés... Ceux qui ont plus de cinq ans d’ancienneté pourraient avoir 10 000 euros d’indemnité de licenciement.
Certains auraient pu retrouver du travail en France assez rapidement, mais n’ont pas pu faute de disposer de la FCO, un certificat de formation obligatoire en France, facultatif au Luxembourg... L’un indique que Pole Emploi vient d’accepter de lui payer le stage (600 euros). Un autre a essuyé un refus : « ils m’ont dit qu’ils ne pouvaient pas me payer une formation valable 5 ans alors que je devrais être à la retraite après 36 mois d’Assedic. J’ai protesté, ils ont dit qu’ils pourraient me la payer, mais je n’ai aucune certitude... »
Quant à l’indemnisation chômage, elle ne prendra effet qu’après une carence de 7 jours, une autre de 16 jours pour congés payés... pas encore payés ! Les salariés ont également eu la mauvaise surprise de constater que la cotisation mutuelle n’avait pas été payée en novembre. La famille de François Mesnier n’a donc pas vu la couleur de la garantie obsèques de 3 000 euros...
Dans ces conditions, le moral n’est pas terrible. « J’ai été malade à Noël, j’ai perdu 10 kg, je me fais du souci pour tout », dit l’un, « j’ai vu une assistante sociale pour la première fois de ma vie pour une aide sur le fuel pour le chauffage de la maison, mais je n’ai rien reçu car je n’ai aucune facture en retard. Pour moi qui n’ai jamais eu un jour de chômage en 25 ans, c’est un peu dur ».
Vraiment dur : « je n’ai pas pu payer la mensualité de la maison, le Crédit foncier a refusé de repousser l’échéance de trois mois... »
Seule chose qui marche : les allocations familiales luxembourgeoises sont toujours versées ! Et la solidarité : « je n’ai pas pu payer la pension alimentaire, c’est mon ex qui m’a aidé... »
Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 28.12.2011