daniel bordur - journaliste
Etre pauvre à Besançon en 2009 (2)

Tout augmente, même le Fourneau !

Le repas du restaurant social de la rue Champrond a augmenté de 10 centimes... L’endroit est apprécié des habitués pour ses menus équilibrés et un prix restant imbattable.


Tout augmente, même le repas au Fourneau économique. Le 2 janvier, il est passé de 85 à 95 centimes. Personne ou presque ne s’en plaint. Sébastien râle : « T’as le RMI, t’as droit à rien ! Tu dois pourtant manger tous les jours ! Tes dépenses, ils n’en ont rien à foutre. Services sociaux mon cul ! » N’est-ce pas gratuit quand on n’a pas un rond ? « Ça dépend qui est à l’entrée, c’est à la tête du client... » A 31 ans, Sébastien est écorché vif. « Je dors chez un pote une nuit, une autre dans un squat, ça me suffit, j’ai mon chien... Je vis dehors depuis l’âge de 19 ans, après l’armée. Un jour, j’ai décidé de partir de chez ma mère. Tous les jours, elle me dit de rentrer, je vais la voir de temps en temps. J’ai travaillé trois ans... Il faut vouloir travailler, je n’ai pas envie pour l’instant ».

Jeudi soir, c’était soupe, macédoine et steak haché. Sébastien accepte celui de son voisin, va au rab, en revient en râlant : « On dirait que tu leur voles ! Besac, c’est nul. En avril, on part dans le sud... »

Tous dans le trou

À côté, Diego, 18 ans depuis une semaine, désapprouve en silence. Il nous le dira plus tard, à l’abri de nuit : « Seb critique les seules personnes qui lui viennent en aide. Le Fourneau, c’est quand même vachement bien ! » Près de l’entrée, Neuch- Neuch a gardé son manteau et son bonnet. Quand il aura fini, comme chaque soir, il repartira discrètement, sans dire aux éducateurs où il vit. Il est assez fataliste : « Riche ou pauvre, on va tous dans le trou... C’est l’hiver, c’est normal qu’il fasse froid... Il y a un journaliste ? Je ne peux pas lui parler, c’est plus haut qu’un ministre, un journaliste... » Nous insistons : « Ici, c’est bien, c’est important. Tous ceux qui travaillent ici sont comme ça », dit-il en levant le pouce.

À midi, la clientèle est différente : « Il n’y a pas que des SDF, mais des chômeurs et des Rmistes ayant un logement », dit Jean-Louis qui vient tous les jours. « Avant, c’était rigolo, la bande du parvis de l’église prenait une grande table, ils amenaient leurs bouteilles, leurs chiens. Maintenant, l’alcool est tricard, ça s’attarde moins, il y a la télé... » Dominique nuance en finissant ses endives au jambon : « Il n’y avait pas de discipline, ça n’aurait jamais tenu... » A 51 ans, Jean-Louis perçoit l’allocation spécifique de solidarité, 450 euros par mois : « Avec l’APL, il m’en reste 435. Heureusement, sinon un pauvre ne pourrait pas payer de loyer... J’arrive à vivre. J’achète mes bouquins et mes CD dans les brocantes, jamais de neuf ».

Au fond, Alexandre déjeune avec Jean-Claude. L’un est retraité après 40 ans d’horlogerie et de Rhodia, l’autre invalide.

Et les mobicartes ?

« J’ai 1.084 euros de retraite », dit Alexandre, « elle a augmenté de 6,89 euros le 1er septembre, mon loyer de 14 euros, il est passé à 388 euros... Monsieur Sarkozy n’est pas mon copain. Il a fait cadeau de beaucoup d’argent pour les riches... » Jean-Claude parle avec sa voisine des tarifs des mobicartes, des paiements par carte bancaire qu’ils n’ont pas. « Jusqu’où ça va aller, c’est comme la sécu », lâche Jean-Claude qui a sa soirée télé en tête : « La Liste de Schindler... Je n’arrive pas à comprendre qu’un petit caporal ayant fait de la prison se soit retrouvé à la tête de l’Allemagne... »

Né en 1936 en Hongrie, Alexandre se souvient de la débâcle nazie de 45, de son départ à l’ouest après l’invasion soviétique de son pays en 56. Aujourd’hui, il vient au Fourneau parce qu’il aide financièrement deux de ses quatre enfants : l’un travaille à temps partiel, l’autre est malade...

A suivre

Daniel BORDUR / L’Est Républicain 20.01.2009

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