Dès le lancement des travaux de la gare « Besançon-Franche-Comté TGV », le 30 avril 2009, à Auxon, les élus ont mis en avant la nécessité d’horaires intéressants pour les Comtois.
La pose d’une première pierre n’est pas une inauguration. Même si l’on a inauguré, jeudi matin, non la première pierre de la future gare TGV mais un modèle réduit de l’horloge qui y donnera l’heure ! Ladite horloge aura une roue des heures de 3,50 m de diamètre et sera mue par un moteur (fabriqué à Ornans) de TGV (fabriqué à Belfort) qui donnera son énergie à une douzaine d’autres horloges dans la gare. C’est mieux qu’une classique truelle maladroitement maniée par des élus éclaboussant de ciment un mini mur de parpaings que des maçons rigolards déconstruisent ensuite en douce...
On ne sait cependant si la maladresse, assumée avec le sourire, du président de la SNCF, Guillaume Pépy, qui laissa tomber la clé, est un bon présage. Toujours est-il que la chose fut saluée avec enthousiasme par des invités bluffés par un Jean-Louis Fousseret expliquant comment il avait suggéré à Philippe Lebru d’équiper sa machine d’une vis à pas d’un millimètre pour régler finement le mouvement du pendule...
Hormis ces amusants détails, auxquels il faut ajouter la future annonce précédée du fameux carillon SNCF : « Vous êtes... arrivés à... Besançon-Franche-Comté-TGV... » Pour un peu, on s’y serait cru alors qu’on n’était que sous un grand chapiteau, à l’abri de la brume que commençait à percer le soleil. Claude Jeannerot, le président du conseil général du Doubs, voyait d’ailleurs la chose avec un certain recul, disons... historique : « Nous sommes le 11 décembre 2061, les élus et la population en liesse célèbrent les 50 ans de la ligne à grande vitesse... Besançon est devenue une grande métropole qui s’étend au-delà de l’Ognon... »
Les générations futures diront si l’on a bien fait de persister dans la croissance urbaine, voire la croissance tout court... Mais on ne fait pas que de la politique-fiction quand on remonte une horloge pour la première fois. On fait de la politique. On décrit le présent, on suggère l’avenir, comme Claude Jeannerot. Serge Rutkowski, le maire d’Auxon-Dessus dit sa « fierté ». Jacques Thiebaut, son collègue d’Auxon-Dessous, est « honoré » de cette « ouverture du département vers l’Europe ».
Guillaume Pépy veut rassurer : « On sera à l’heure le 11 décembre 2011. On va bientôt poser le premier rail. Je n’oublie pas la gare de centre-ville. On travaille aux dessertes, ça frotte et c’est normal, mais je suis optimiste, on y est toujours arrivé ». Il a un clin d’œil girondin, ou régionaliste, comme on voudra : « C’est le premier TGV d’aménagement du territoire qui ne passera pas par Paris ».
« Enfin, nous y sommes », s’exclame Jean-Louis Fousseret qui insiste sur ce qui frotte : « La qualité de la desserte fera ou non la réussite » de ce TGV qui « devra relier Viotte [1] à Paris, Roissy ou Strasbourg », qui « sera aussi celui de la Haute-Saône ». Il a un rêve : « On ne mesure pas encore comment la vie changera quand les Dijonnais viendront à Besançon en 20 minutes... On pourra aussi s’échapper plus vite, à nous de faire venir des entreprises ».
Marie-Guite Dufay, la présidente du conseil régional, dit pareil : « la grande vitesse doit nous aider à accueillir employeurs, hommes d’affaires et touristes ». Elle « regrette la lenteur du projet de liaison Belfort-Delle pour l’accessibilité aux futurs TGV », envisage la voie ferrée Vesoul-Besançon, s’inquiète « pour l’avenir de la gare de Vesoul en cas de suppression du Paris-Bâle », demande un « coup de pouce supplémentaire » pour la deuxième tranche, souhaite que « RFF et SNCF aillent plus loin dans la réflexion sur la branche sud ».
Alain Joyandet parle en dernier. Le ministre, déjà en campagne pour le conseil régional, est consensuel : « C’est l’aboutissement d’un engagement sans faille des élus de tous bords ». Il cite Chantelat, Girard, Chevennement, Forni, Dufay...
Il confirme les 20 millions, une moitié en 2009, l’autre en 2010, pour les études et les acquisitions foncières. Il ajoute : « le président a dit que nous allons accélérer la deuxième tranche ». Une réunion se tiendra « courant mai » avec le ministre des Transports et les collectivités pour « parler de la répartition du financement de cette deuxième tranche ».
Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 02.05.2009
[1] la gare de Besançon-centre