Porte-parole de l’association des médecins urgentistes, Christophe Prudhomme donnait une conférence publique vendredi 7 mai à Besançon. Dirigeant de la fédération CGT-Santé, il est médecin au SAMU 93.
Comment voyez-vous la situation du CHU de Besançon ?
Sa situation est similaire à de nombreux CHU. Il est en danger avec la loi Bachelot et la réforme universitaire. Il y aura cinq instituts hospitalo-universitaires en France, adossés à des fondations où l’industrie pharmaceutique fera des investissements défiscalisés. Besançon et Dijon seront une annexe de Strasbourg, qui lutte pour être un de ces pôles... Sans université de proximité, les jeunes médecins ne s’installent pas.
Vous dites que les urgentistes deviennent des médecins traitants ?
Parce qu’il y a un problème d’accès aux médecins, de tarif, de délai. Pour un scanner, on a un rendez-vous public en 4 ou 6 mois, en 15 jours dans le privé avec dépassement d’honoraires... Il faut des centres de santé avec rémunération forfaitaire et plusieurs professionnels de santé, des réseaux de soins avec des spécialistes à qui envoyer des patients.
C’est expérimenté en Franche-Comté !
On ne doit plus être au stade expérimental.
Vous parlez de patients boomerangs, c’est quoi ?
Un patient est par exemple rentable s’il est hospitalisé 5 jours, pas 6 ou 7. Sans prise en charge par un médecin traitant, il revient aux urgences dans un état dégradé. On devrait réfléchir, réorganiser les hôpitaux qui manquent de services de médecine polyvalente, plutôt que restructurer pour rééquilibrer les comptes. 20 000 emplois y ont été supprimés en 2009. Il faudrait un milliard pour les remettre à flot, l’équivalent des dépenses de la grippe A... Quand on déstructure les collectifs de soins, les taux d’erreur augmentent. Quand on n’a pas le temps de parler aux patients ou aux familles, c’est de la maltraitance. Des études ont montré que rassurer, c’est donner moins de morphine.
Recueilli par Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 08.05.2010