daniel bordur - journaliste

Proviseurs inquiets pour la laïcité

Le syndicat des personnels de direction de l’Education nationale écrit aux élus.


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Jacques Péquignot : "séparer les communautés ne va rien arranger"

BESANÇON._ Recueillant 80 % aux élections professionnelles, revendiquant l’adhésion de 200 des 300 proviseurs, principaux et adjoints de l’enseignement public en Franche-Comté, le SNPDEN-UNSA ne s’exprime pas souvent. Ce n’est pas le genre des patrons de lycées et collèges de se plaindre de leurs conditions de travail. Ils passent une bonne partie des vacances d’été à fignoler les emplois du temps. Ils sont animés par la foi dans le service public, la méritocratie républicaine, le désir de faire fonctionner des communautés humaines complexes et chahuteuses. Ils sont au contact de la jeunesse et d’intellectuels, des mondes hypersensibles aux injustices.

Mais ils sont aussi aux ordres. Chargés d’appliquer la politique du ministère que relaient recteurs et inspecteurs d’académie. Alors les couleuvres, ils connaissent, ils en avalent, ils en servent. Mais quand c’est trop, ils ne peuvent cacher leur indigestion. Et qui sait, leur nausée.

En mai dernier, leur congrès national de Biarritz a décidé une campagne publique de défense de la laïcité qui se tient cette semaine. C’est une charge en règle contre quelques décisions gouvernementales et déclarations sarkozystes. « Du discours de Latran à celui de Riyad, en passant par l’accord Kouchner-Vatican [1] ou la loi Carle [2], ce sont autant d’éléments qui participent à la construction d’une politique que nous refusons, qui valorisent la dualité scolaire et encourage le différentialisme », écrivent-ils aux parlementaires, conseillers régionaux et généraux, maires des villes et présidents d’intercommunalités de la région. Ils défendent une « vraie » politique de civilisation qui ne « déroge pas aux principes de laïcité fixés par la loi de 1905. C’est cela qui fonde l’identité de la France ».

Proviseur du lycée Belin de Vesoul, Joël Marchandot, secrétaire académique adjoint, l’assure : « La laïcité, c’est ne pas faire de clivage. Quand un jeune enlève sa casquette en arrivant au lycée, c’est un geste signifiant qu’il est prêt à accueillir un enseignement. Si on l’inverse sous l’angle ’’beur’’ ou ’’noir’’, on va à la catastrophe. Le temps éducatif n’est pas le temps politique ». Pan sur le bec de Morano.

Jacques Péquignot, principal du collège Victor-Hugo de Besançon, secrétaire académique, est inquiet : « On observe la montée des différentialismes, ce n’est pas la peine d’en rajouter. Séparer les communautés ne va rien arranger. Notre problème de fond, c’est ce que les jeunes vivent. Notre crainte, ce sont les institutions privées qui mettent en exergue les différences. Et il ne s’agit pas de relancer la guerre scolaire ».

Plutôt de vivre ensemble. C’est ce même credo qui a conduit le SNPDEN à recommander de « ne pas mettre en œuvres les décisions de la présidente de Poitou-Charentes » relative à la pilule du lendemain. Pan sur le bec de Royal.

Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 29.01.2010

[1] reconnaissance des diplômes universitaires

[2] financement par une commune des frais de scolarité d’un de ses habitants scolarisé dans l’école privée d’une autre commune

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