daniel bordur - journaliste

Poste : l’évolution continue avant la "votation citoyenne"

A la veille de la « votation citoyenne » organisée samedi 3 octobre 2009 dans le pays par l’opposition associative, politique et syndicale, de nouvelles réductions d’ouverture sont annoncées dans plusieurs bureaux du Doubs.


Six heures d’ouverture en moins à Amancey avec fermeture les lundi et jeudi matins ; dix heures de moins à Bouclans avec fermeture les après-midi ; idem à Mamirolle avec fermeture les matins ; deux heures et demi de moins à Saône avec ouverture retardée de 8 h 30 à 9 h... Les « évolutions du réseau » postal continuent alors que La Poste pourrait devenir une SA par un vote législatif. Ce que conteste la gauche syndicale, associative et politique. Pour une fois unie, elle organise jusqu’à samedi une « votation citoyenne » afin de contrer le projet.

Outre les réductions d’horaires, les bureaux d’Épeugney et Vuillafans pourraient être transformés en agence postale communale (APC) ou relais poste commerçant. D’autres communes sont dans le collimateur depuis plus longtemps : Goux-les-Usiers, Sombacourt, Abbévillers, Rougemont, Arc-sous-Cicon, Onans, Geneuille, Cussey, Valentigney où sept emplois sont menacés et deux bureaux touchés...

Réforme terrain

Depuis 2006, le cap est fixé. Deux bureaux ont été fermés, huit transformés en relais-poste commerçant, treize en agences postales communales. Pour La Poste, il y a déjà 17 relais et 32 agences... Pour 2010, le processus devrait se poursuivre à Avanne (fermé le matin), Beure (fermé deux matins), Étupes et Exincourt (une demi-journée)... Quand la direction recense 154 « points de contact » dont 105 bureaux, la CGT en reste à 120. Explication, la réforme « Terrain » rattache, depuis 2006, des petits bureaux à des plus grands. A Besançon, Battant fait désormais partie de Proudhon, Palente des Chaprais. Roche-lez-Beaupré réunit les anciens bureaux de Deluz, Thise (transformé en agence postale communale) et Laissey (fermé)...

Pour le collectif contre la privatisation, les fermetures partielles font que « les gens sont perdus ». Exemple à Avanne, « ouvert de 9 h à 12 h et de 15 h 30 à 18 h alors qu’avant, c’était dès 14 h. Bientôt, ce sera fermé le lundi et tous les matins sauf le samedi. On passe de 27 heures 30 d’ouverture à 16 heures... », dit Elisabeth Portier, de la CGT-PTT.

De 3 mois à un an

Patrick Guélaud, directeur régional de l’Enseigne, assume : « Nous proposons aux communes des partenariats là où le trafic est très bas, dans la concertation, avec un délai de réflexion. Le processus prend de 3 mois s’il y a accord du maire au premier rendez-vous, à 6 mois ou un an, voire davantage comme à Abbévillers ».

La Poste emploie dans le Doubs environ 2.000 postiers dont 441 à l’Enseigne et 1.355 au courrier, les autres étant dans les services nationaux, internationaux, maintenance, etc. Un peu plus de la moitié sont fonctionnaires, les autres salariés de droit privé. Avant la séparation des activités en 2006, les entités courrier et enseigne employaient 2.225 personnes.

Quant à la banque postale, son activité dans le département est un « secret commercial ». On sait seulement qu’elle « se porte bien et gagne des clients ». La concurrence dans l’opacité...

En outre, le collectif contre la privatisation met en avant la discrétion de La Poste et du gouvernement sur l’objectif de développement de l’entreprise à l’international : « Le citoyen rural risque de ne pas être convaincu », ironise son porte-parole Maxime Guillemin, secrétaire de l’UD-CGT.

Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 02.10.2009


Plus on diminue les horaires...

« Plus on diminue les horaires, moins on a de clients », admet Patrick Guélaud, directeur régional de l’Enseigne. « On veut ouvrir davantage en sites urbains, par exemple le samedi après-midi à Battant, à Besançon. Nous réduisons quand on ne peut plus faire autrement, quand le maire ne veut pas de partenariat, choix validé par l’association des maires de France... »

Les maires n’ont visiblement pas tous la même opinion, et craignent pour le financement à moyen et à long termes d’un partenariat postal. « Ce sont des discussions au plus haut niveau : le financement est assis sur la taxe professionnelle ». Une TP dont on sait qu’elle disparaît du projet de budget. Reste que « La Poste souhaite une pérennité du financement avec des partenariats de 9 ans renouvelables une fois ».

La Poste est-elle inquiète d’un éventuel succès de la votation ? Patrick Guélaud « constate qu’elle ne se met en place qu’en certains endroits » et s’interroge sur sa « valeur » : « comment savoir si quelqu’un ne votera qu’une fois ? ». Pourquoi ne pas recourir à un référendum ? pourraient rétorquer les organisateurs de la votation : Cgt, FO, FSU, Solidaires, CFTC-Ptt, PS, PCF, Verts, NPA, PG, Indecosa-Cgt, AC !, CNL, Attac, UNEF.


« On ne sait plus où on va »

« L’ambiance n’est pas sereine. Nous les élus, on ne sait plus où on va. La commission départementale de présence postale n’est plus qu’une cellule d’enregistrement ». Christian Bouday ne mâche pas ses mots. Conseiller géréral (PS) de Pontarlier, il préside cette commission où siègent des représentants de l’Etat, de La Poste et des élus. « La Poste n’a pas attendu de changer de statut pour réduire les horaires en mettant les communes devant le fait accompli. Par exemple à Amancey où il y aurait 6 heures de moins par semaine ». Le conseiller général du canton, Patrick Ronot (UMP), membre de la commission, l’a appris par la bande. Il a dit sa surprise le 25 septembre, lors de la dernière réunion, « espère que ça va s’arranger » mais veut « rester prudent ».

Christian Bouday dénonce : « Il n’y a que la religion du chiffre et de la rentabilité, ils ne veulent pas savoir ce qu’est le lien social mais n’ont que le service public à la bouche. Je suis d’accord pour aménager, pas pour détruire. J’invite les usagers et les élus à résister, la mobilisation peut faire reculer la Poste ».

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