202 appels ont reçu un traitement par le médecin régulateur du centre 15 départemental ce 24 décembre 2003. Reportage avec les personnels de garde au Samu de Besançon.
21 h 24. L’équipe de nuit a pris son service il y a moins d’une heure. Six patients âgés sont là pour infections pulmonaires, certains depuis 13 h, pour les examens de laboratoire. « Ce sont des pathologies hivernales, grippe, fragilité respiratoire... Les familles ne s’inquiètent pas assez tôt, les emmènent à l’hôpital alors qu’ils toussent depuis une semaine », explique le Dr Mohamed Hachelaf, responsable du SAU, le service d’accueil d’urgence de l’hôpital Jean-Minjoz.
21 h 26. « Tirée d’affaire », une dame est transférée en cardiologie 45 minutes après son admission aux urgences pour troubles du rythme cardiaque, le temps d’un premier diagnostic. Une chance, il y a de la place en cardio : « Avec les congés, il n’y a pas beaucoup d’activités programmées ».
Une dame arrive avec sa petite fille. Varicelle. « C’est bénin. Je l’ai envoyée en pédiatrie, à Saint-Jacques. Les gens de passage viennent souvent ici », dit le médecin. L’office, petite cuisine située au centre du service, est le lieu de ralliement à chaque accalmie. Au mur, des dessins de presse. Sur l’un, une femme téléphone aux côtés d’un homme patraque : « Allô le Samu, mon mari vient d’avoir un malaise aux urgences... »
Nicole Chambre, manipulatrice radio, et Christine Rainguenet, infirmière, soufflent le temps d’un café en évoquant le récent tabassage du personnel d’un Samu lyonnais par les enfants d’une femme qui se sentait mal. « On est tous les soirs agressés verbalement, parfois au cutter », dit Nicole. « C’est souvent en rapport avec l’attente, il peut arriver que quelqu’un soit là depuis huit ou douze heures », dit Christine.
« On peut accueillir 10 personnes comme 25 ou 50. Ce qu’on fait en plusieurs jours dans les autres services, on le fait le même jour aux urgences. En chirurgie, s’il y a 30 lits, il y a 30 malades. Ici, l’accueil est obligatoire », ajoute le Dr Hachelaf. Mariam Roncato, l’une des deux internes, passe la tête : « Il faudrait piquer la dame du 2, elle n’a pas d’étiquettes, elle est là depuis 20 h... »
Christine y va. Son travail consiste à « installer les gens, remplir les pochettes administratives, prendre le pouls, la tension, mettre les patients sous scope pour avoir un tracé cardiaque continu. Ensuite le médecin les voit, on attend la prescription : prise de sang, perfusion... On brancarde, on emmène les gens en radio, dans les chambres. Depuis quelques années, c’est du non-stop toute la nuit... »
Nicole est restée : « Certains soirs, je fais davantage de brancardage que de radio. Il n’y a que deux brancardiers pour tout l’hôpital, ils vont même jusqu’à Saint-Jacques pour porter des tubes de sang au laboratoire. Il m’arrive de réveiller le médecin de garde à 1 h pour qu’il voit un malade à 4 h ».
Autour de 22 h. Mariam, l’interne, se pose aussi. Comme sa collègue Mélanie Rebière, elle fait deux à trois gardes mensuelles. Emilie Oudot, l’externe, en fait une. « On voit tous les patients », dit Mariam, « le médecin senior est là si on a besoin d’un conseil. Il doit voir tous les patients qui sortent... »
Le visage tendu, Suzanne Bono fait les cent pas dans le couloir : « Faut que je m’aère... » Elle est médecin-régulateur du centre 15 qui gère les SOS médicaux de l’ensemble du Doubs. Son rôle consiste à poser un pré-diagnostic par téléphone, à décider d’envoyer ou non des secours : médecin de garde, ambulance ou l’un des quatre véhicules de secours médicalisé d’urgence et de réanimation (SMUR) du département.
Cette nuit de Noël, Suzanne travaille avec Françoise Plan et Olivier Mougey qui répondent aux appels, les lui passent si nécessaire. Les questions sont précises, elle insiste souvent, donne des instructions. Une femme se sent mal, elle a un proche au bout du fil : « Elle ne répond pas ? Surélevez-lui les jambes, mettez-les sur une chaise... Essayez de la stimuler davantage... Elle n’a aucune douleur ? Les jambes, ça va mieux ? Pas de sueur ? Elle est pâle ?... »
Rarement une minute sans répit. On sent la tension, on palpe le calme. « La grève des généralistes a fait augmenter le nombre d’appels aux urgences, ils n’ont pas baissé d’autant qu’ils étaient monté. C’est hyper stressant, les gens sont agressifs », explique Chantal Pagnot. Infirmière-anesthésiste, elle est de l’une des deux équipes bisontines de SMUR qui comptent également un médecin et un ambulancier.
22 h 37. Laissant tomber le réveillon froid, le Dr Denis Bellot, l’ambulancier Samuel Restelli et l’infirmier Laurent Philippe enfilent leurs blousons et partent vers Sancey. « Stress respiratoire aigu », explique Suzanne. « Il faut bien se connaître, ne pas avoir à dire les choses pour qu’elles se fassent. Sur les arrêts cardiaques, chacun sort son sac et travaille en silence avec son matériel », disait Denis deux minutes plus tôt. « Il faut gérer le stress, rester calme, travailler en équipe... et relativiser : les urgences vitales vraies, c’est un peu plus de 10 % », dit Chantal, 25 ans d’expérience et de passion pour l’urgence.
23 h 24. Jonction du SMUR avec l’ambulance de Sancey. « Les constantes, pouls, tension, taux d’oxygène, ne sont pas inquiétantes... Dans la même situation, si j’ai déjà envoyé mon dernier joker et qu’il y a un carton sur la route à Valdahon, il y aurait un problème », dit Suzanne.
0 h 27. Retour de l’équipe partie à Sancey. « Il fait moins dix, là-haut ». L’heure de Noël est passée. A l’office, un drap sert de nappe. On sort le saumon et le foie gras, les crevettes. Il y a une bouteille de blanc pour douze...
2 h 02. Accident à Villers-le-Lac, quatre blessés dont un incarcéré. On envoie les pompiers de Morteau, Gilley, Villers-le-Lac, le Samu de Pontarlier...
8 h 30. « La fin de nuit a été plutôt calme, on a eu quelques abus de boisson... Une nuit de fête comme on en voudrait », dit le Dr Hachelaf avant d’aller dormir.
Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 26.12.2003