daniel bordur - journaliste

Modernes, les maths !

Quand le français facilite l’apprentissage des maths... Un colloque célèbre les 40 ans de l’IREM à Besançon.


Pourquoi les mathématiques posent-elles autant de problèmes ? « Parce qu’en maths, on ne peut pas dire n’importe quoi », répond Anne-Marie Aebischer, directrice de l’Institut de recherche sur l’enseignement des mathématiques de Besançon (IREM). « Alors qu’en politique... », ajoute en souriant Hombeline Languereau, spécialiste de l’histoire des maths.

Qu’on y soit rétif ou pas, chacun sait que maths riment avec rigueur. Rigueur de la pensée, de la recherche, du questionnement. « Il y a souvent la même réaction vis-à-vis de la philo », ajoute Mme Languereau qui sait que l’affaire n’a rien de simple : « il a fallu trois siècles pour comprendre que moins par moins ça fait plus... » Autrement dit, quand on sait comment émerge à travers les âges une notion dans l’esprit humain, « on comprend mieux les difficultés d’apprentissage ». On n’en voudra donc pas aux collégiens s’ils n’avalent pas en quinze jours un savoir qui a mobilisé plusieurs générations de savants.

Panique chez les profs

C’est d’ailleurs pour former les profs de maths que les IREM ont été créés en 1969, lors de la fameuse « réforme des maths modernes ». L’IREM de Besançon a fait partie de la première vague, avec Paris, Lyon et Strasbourg. Edgar Faure, alors ministre de l’Éducation nationale, impressionné par l’organisation bisontine des journées nationales de l’association des profs de maths, avait donné le coup de pouce nécessaire. « Les maths modernes ont créé la panique chez les profs », dit Anne-Marie Aebischer. « Elles ont été généralisées si vite que ça a été un échec : trop abstrait, trop vite ».

« Quand on parle maths modernes, on pense excès de formalisme, absence de figure, les patates figurant les ensembles », dit Yves Ducel, ancien directeur de l’IREM, qui, pour sa part a « mieux compris les maths à partir des maths modernes ». En fait, derrière ce qui fut un appel d’air frais dans « des maths sclérosées et un enseignement figé », il y eut une bataille entre tenants des « maths pour les maths » et des « maths outils ». Dans le premier cas, il s’agit de formation de l’esprit critique, du citoyen ; dans le second, « en caricaturant, on réduit les maths à des techniques », dit Anne-Marie Aebischer. Ces maths-techniques seraient « moins dans la démonstration », dit Yves Ducel.

Pour tenter de jeter un pont entre les matheux et les autres, on fait appel au français. Aujourd’hui, lors du colloque réunissant 80 enseignants à la fac des sciences pour les 40 ans de l’IREM, une conférence de René Cori fait ce lien : « à 11 h, on a maths et français en même temps ». Cela part de « l’idée que les deux profs interviennent en même temps sur un exercice », dit Anne-Marie Aebischer. L’élève est invité à écrire « la narration de sa recherche, raconter une histoire à épisodes... »

L’académie compte 1.200 profs de maths, l’IREM une soixantaine de formateurs : 10 enseignent en fac, 50 dans le secondaire.

Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 23.09.2009

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