L’Etat a prévu de baisser très nettement les moyens alloués à l’accueil et à l’hébergement d’urgence en Franche-Comté.

Le Samu social pourrait être supprimé cet été en Haute-Saône. L’accueil de nuit fermera sans doute dans le Territoire de Belfort. Créée l’hiver dernier, l’équipe mobile de Montbéliard, n’a plus de financement. Ses éducateurs partaient en « maraude » à la recherche des sans-abri risquant de ne pas survivre à une nuit dehors. L’unique maraude jurassienne, à Dole, doit s’arrêter alors que la création d’une seconde est préconisée par le plan départemental d’accueil et d’insertion...
Le secteur de l’urgence sociale se sent trahi. La « refondation » gouvernementale visant à créer dans chaque département un SIAO (service intégré de l’accueil et de l’orientation), s’accompagne d’une baisse drastique de moyens alors que le secrétaire d’État Benoist Apparu « avait promis leur maintien ».
D’abord favorable au projet, la FNARS (fédération nationale des associations d’accueil et de réinsertion sociale) a vu rouge en constatant le niveau de la baisse. En Franche-Comté, la dotation de fonctionnement allouée par l’État pour les centres d’hébergement et de réinsertion sociale (CHSR) est inférieure de 5,24 % à celle de l’an dernier qui avait déjà diminué par rapport à 2008. « On a demandé 9,2 millions en 2009, on en a eu 8,3 », explique la FNARS-Franche-Comté qui tenait mardi son assemblée générale. Quant à l’enveloppe consacrée à la veille sociale, elle chute de près de 14 %, passant de 18 à 15,5 millions d’euros.
« L’an dernier, nous avions dû licencier 40 personnes, cette année ce sera une soixantaine », dit Jacques Pruniaux, le président régional de la FNARS. Sur trente associations, douze sont directement concernées par la mesure car oeuvrant dans l’accueil de jour, de nuit, ou gérant des CRS.
Président d’Epart (Lons), Léon Goux est amer : « Le résultat de 25 ans de travail est foutu par terre en deux coups de cuiller à pot. C’est insensé, on fait de la précarisation pour s’occuper des précaires... » Luc Ichters, de l’Armée du salut belfortaine, constate : « Après la fermeture des lits psychiatriques et d’hébergements pour migrants, ça va remettre des tas de gens dans l’espace public, les plus fragiles ». « Depuis 10 ans, on avait un service 24 heures sur 24 dans la région, en deux ans c’est fini », dit Jacques Pruniaux. « Cette baisse des crédits, c’est l’échec annoncé d’une politique », prédit Gilles Pierre, vice-président national de la FNARS.
À Besançon, où la ville finance aux deux tiers ces actions, la veille sociale pourra être « impactée ». Ailleurs, où les collectivités ont laissé l’État tout assumer le coup sera très rude.
Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 27.05.2010
Sollicitée mardi soir, la préfecture a répondu le jour de la parution de l’article, que des moyens, au montant encore indéterminé, seraient débloqués par le ministère.