daniel bordur - journaliste

« Les stagiaires sont sidérés »

Sans formation pratique, les jeunes enseignants démarrent la rentrée avec un temps plein...


Près d’une centaine d’enseignants, délégués de collèges et lycées de l’académie, ont participé hier à un rassemblement devant le rectorat. Le Snes-FSU avait en effet appelé à une première grève, assez peu suivie : 2 à 3,5 % estimés à 11 h selon l’administration, 0 à 30% selon les établissements pour le syndicat. Conscient que ses troupes privilégieraient le mouvement d’aujourd’hui sur les retraites, il a transformé la manif d’hier en conférence de presse sur le bilan de la rentrée.

La situation des stagiaires, qui démarrent par un temps plein en classe contre un tiers-temps auparavant, a évidemment tenu la vedette. « Depuis 20 ans que je suis tuteur, je n’ai jamais vu ça », explique Guy Gouget, prof d’anglais au lycée Ledoux de Besançon. « Les stagiaires sont sidérés, je n’ai jamais vu une telle détresse. Il leur faut trois heures pour préparer une heure de cours alors qu’on prépare en général une séquence de cinq à six semaines. Jusqu’à maintenant, je voyais les stagiaires au moins une fois par semaine, ils venaient voir un de mes cours deux fois par semaines, j’allais les voir aussi deux fois, surtout au premier trimestre... Le ministère a fait passer l’indemnité de tuteur de 520 à 2000 euros, mais on est beaucoup à ne pas s’être déclarés tuteur. On va le faire de façon officieuse en s’organisant par discipline, en faisant du soutien anonyme... »

Une quinzaine de profs ont ensuite témoigné de difficultés devenues classiques depuis quelques années. Groupes d’anglais à 36 élèves aux lycées Victor-Hugo (Besançon) et Jean-Michel (Lons). « L’improvisation grandiose » a conduit le lycée de Mouchard, dépourvu de laboratoire idoine, à avoir les obligatoires 3 heures de SVT effectuées à Salins. Au collège Gérome de Vesoul, des 6e vont en cours de langue avec des 4eseconde langue. Devant céder la place aux stagiaires, les TZR (titulaires sur zone de remplacement) se déplacent de plus en plus loin alors qu’après, parfois, quinze ans de service, ils aspirent à un poste sédentaire...

« Si n’importe qui peut nous remplacer, on doit pouvoir faire pareil avec les ministres », ironise une enseignante. Son acidité en dit long sur une colère qui devrait être très visible dans les cortèges d’aujourd’hui. « Tous les métiers sont difficiles », dit un autre prof.

Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 07.09.2010


"Des obstacles difficiles à surmonter pour certains"

Questions à Jacques Péquignot, secrétaire académique (Franche-Comté) du syndicat national des personnels de direction de l’Education nationale

Comment jugez vous la rentrée ?

Elle est techniquement réussie par rapport aux nominations, mais on constate une restriction des moyens. Au moment où on nous demande d’individualiser davantage l’enseignement, on augmente le nombre d’élèves par classe. Il y a aussi plus de services partagés (plusieurs établissements pour un même prof), ce qui pose des soucis pour les communautés éducatives.

Comment faites-vous avec les enseignants stagiaires ?

Pour notre syndicat, cette mesure devrait être revue, elle ne correspond pas aux besoins de l’institution. Mais nous sommes fonctionnaires et devons la mettre en application. Pour nous, la question c’est comment les accompagner alors qu’ils n’ont pas de formation pratique et ont été nommés le 22 ou le 23 août. Nous sommes inquiets. Ce n’est pas la prise en main des élèves qui nous pose problème, mais quelle posture ils vont adopter. Cela peut très bien se passer pour certains, mais d’autres pourront avoir des obstacles difficiles à surmonter.

C’est quoi, la bonne posture ?

C’est affirmer sa personnalité, être sûr de soi, respecter les enfants. C’est plus facile avec 6 ou 8 heures de cours pendant la formation...

Recueilli par Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 08.09.2010

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