daniel bordur - journaliste

Les rats d’ici sont sympas

Une douzaine d’espèces de rongeurs de Franche-Comté vivent au noctarium de la Citadelle Vauban de Besançon, sous nos yeux. Visite commentée par leurs tuteurs du muséum...


Rat des villes ou rat des champs ? Au noctarium de la Citadelle, il y a les deux. Et même davantage puisqu’une douzaine d’espèces de rongeurs y vivent : rat noir (rattus-rattus) et surmulot (ou rat d’égout ou rattus norvegicus), souris à tumulus et lérots (ou raboudot ou rat fruitier), loir et rat musqué, mulot et campagnol roussâtre...

Chacun a ses caractéristiques propres. Historiquement craint parce qu’il véhicula la peste au Moyen Âge, ses puces la transmettant aux hommes, le rat noir partage avec le lérot le goût pour la vie de famille. Doté d’une queue longue et fine, de grandes oreilles, son agilité le destine aux habitats élevés, arbres ou greniers.

L’arrivée en Europe du surmulot, le rat d’égout, à la fin du XIXe siècle, sans doute par bateaux, a changé la donne. Plus costaud, il a laissé au rat noir les lieux qu’il n’a pas colonisés. Comme son nom l’indique, il préfère d’ailleurs les niveaux inférieurs, les zones humides, les rivières... Il y en a eu vers le parc Micaud.

À la Citadelle, ils sont entre 80 et 120. De souche sauvage, ils descendent d’ancêtres issus il y a 12 ans du laboratoire vétérinaire de Lyon. Depuis, ils se reproduisent entre eux, sans apport extérieur. « Ils gèrent leur population par rapport à la nourriture qu’on leur donne », dit David Cuenin, soigneur animalier. « Comme beaucoup d’animaux, ils ont une stratégie d’adaptation », dit Jean-Yves Robert, biologiste et conservateur adjoint du muséum. « Mais les rats sont à part, ils s’adaptent aux ressources. Si on leur donnait deux ou trois fois plus de nourriture, on aurait plus de rats. Là, on a 90 % de gros et 10 % de petits. Pas comme dans la nature où il y a davantage de mortalité. Chez nous, ils meurent de vieillesse, n’ont pas de prédateurs. On ne sait pas bien par quel mécanisme ils se reproduisent moins ». David Cuenin suppose qu’ils mangent certains de leurs petits, mais pour en être sûr, il faudrait savoir ce qui se passe dans les nombreuses cachettes...

Animaux sociaux, les rats se connaissent tous. « Ils tueraient en cinq minutes un rat étranger qu’on introduirait... »

Tous ensemble

À l’inverse d’espèces où le chef mange le premier, puis ses femelles préférées, les rats d’égout du noctarium mangent tous ensemble, « sans bagarre... tant qu’il y en a assez pour tous », note Jean-Yves Robert. « Les expériences montrent que lorsqu’on a affamé des rats, les femelles survivent davantage que les mâles qui se battent entre eux ». Ce qui donne à David Cuenin « l’impression qu’ils font davantage attention au groupe qu’à l’individu... »

Comment la petite population de surmulots ne dégénère pas ? « Il y a beaucoup de brassage génétique », souligne Jean-Yves Robert, « quand elles ont leurs chaleurs, les femelles sont coursées par une dizaine de rats... »

Tous deux apprécient ces petits animaux qui dégoûtent plus d’un humain, et qui effraient parfois. « Il n’est pas souhaitable de les éradiquer, ils recyclent énormément de déchets, ils ont beaucoup apporté à la recherche médicale ou génétique », dit le biologiste. « S’ils étaient aussi nombreux au Moyen-Âge, c’est qu’on jetait les ordures par les fenêtres », dit le soigneur. N’empêche, pas d’angélisme : comme les égoutiers, ils sont vaccinés contre la leptospirose...

Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 06.08.2008

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