Le SAAS, service d’accueil et d’accompagnement social, reçoit 1.300 personnes par an et les appels 115, le « samu social ». Premier volet d’une série sur les plus démunis.
Mille trois cents personnes passent chaque année la porte du SAAS, le service d’accueil et d’accompagnement social du CCAS. Au rez-de- chaussée, outre un hall d’accueil avec guichet, quatre bureaux et un petit salon permettent entretiens, consultations infirmières, médicales ou sociales.
À l’étage, une grande pièce sert de salle de réunion, de centre stratégique où se décident les prises en charge en fonction des besoins. On oriente ceux qui ont un logis vers le service adéquat : soins, assistante sociale, conseil en économie familiale, mission locale, etc. On trouve un lit aux personnes sans domicile : il y a 47 places au Forum, 5 dans les FJT, 30 à l’abri des Glacis, 10 à celui du Sacré-Chœur géré par le Secours catholique. Ensuite, quand « un projet pour la suite » est engagé ils peuvent intégrer une « place de stabilisation » des Géraniums ou des associations Julienne-Javel ou du Roseau.
Les appels téléphoniques au 115 pour tout le département du Doubs (517.000 habitants) arrivent aussi dans cette salle opérationnelle. Du moins pour la journée, car la nuit ils sont dirigés sur l’abri des Glacis.
Jeudi matin, comme toutes les semaines, les travailleurs sociaux font le point des situations du moment. Il y a là une infirmière détachée de l’hôpital psychiatrique de Novillars. On parle des échanges d’informations avec les éducateurs de prévention ou la protection maternelle et infantile, missions du conseil général. Cette semaine, on a évoqué les visites de squats : la « veille mobile » n’y a trouvé personne. La veille mobile, ce sont des éducateurs arpentant, en voiture ou à pied, les lieux fréquentés par les personnes à la dérive, les sans domicile, les plus fragiles d’entre les pauvres. « Ils ont pris des nouvelles d’un monsieur du quartier Battant qu’on n’avait pas vu depuis longtemps », dit Laurence Vuillet, la directrice du SAAS, assistante sociale de formation. « On a évoqué les gens en abris de fortune, avec lesquels nous sommes en phase d’apprivoisement. Un monsieur nous a été signalé par le 115, on l’avait repéré, mais on ne savait pas où il dormait, on est allé le voir, il a accepté de venir à l’abri de nuit, il a des problèmes de santé sous- jacents... »
L’entrée en contact est rarement simple, parfois longue : « On connaît le cas d’un homme dans un abri de fortune depuis 18 mois, on va le voir régulièrement, on ne sait rien de lui, on suppose aussi des problèmes de santé. On revient souvent, on maintient le lien... Pour certains, les soins sont une première étape nécessaire ».
Le cas de deux jeunes hommes en errance a aussi été abordé lors de la réunion : « C’est près du tiers de notre public. Beaucoup ont eu des problèmes d’enfance en danger, arrivent marqués à l’âge adulte. Un problème est l’absence de lieux spécifiques d’hébergement. On a aussi le cas d’un monsieur qui ne vient pas au rendez- vous, qui a besoin de soins à domicile, mais il n’a pas de domicile... Ce qui est surprenant pour un service d’urgence, c’est que nous travaillons dans la durée ».
Comme dit Djamel, qui travaille à l’accueil et à la veille mobile, le SAAS est « la base, le vaisseau amiral ». Une base d’où il se rend au gré des besoins dans les « satellites » que sont la boutique d’accueil de jour rue Cusenier, la buanderie à Saint-Ferjeux, le Forum à Planoise, le Fourneau économique... Et la rue où il va chaque jour en « maraude », à la rencontre de ceux qu’il ne faut pas laisser dormir dehors...
Daniel BORDUR / L’Est Républicain 19.01.2009