A Besançon, un collectif d’une quinzaine de personnes organisent un repas convivial mensuel gratuit une fois par mois.
« Quand j’ai commencé, je ne pensais pas que ça durerait si longtemps... » jeune prof de maths, Manu est l’un des animateurs du Resto-trottoir, une initiative d’entraide qui a démarré il y a maintenant deux ans. Une trentaine de personnes, dont la moitié constitue le noyau dur, organisent une fois par mois un repas gratuit, prétexte à solidarité et à convivialité. La nourriture, exclusivement d’origine végétale, est récupérée à la fin des marchés et auprès de petits commerçants. Une liste de discussion par courrier électronique et une réunion suffisent à l’organisation et au partage des tâches : collecte, préparation des repas, transport sur le lieu de consommation, le plus souvent en plein air.
Au début, chacun prêtait sa cuisine, ce qui a vite entraîné des complications matérielles et logistiques. Depuis peu, le collectif partage un local avec une association sur le quartier Battant, ce qui facilite le stockage et les préparations. « Tout est basé sur la convivialité plutôt que sur la nécessité alimentaire », explique Manu.
Des travailleurs socialement insérés côtoient des sans-abri et des personnes précaires, voire marginales. Dimanche midi, sous les arcades du quai Vauban, l’ambiance était tranquille et sereine : « Nous voulons garder cette mixité, quand elle est là, il n’y a aucun souci de comportement. Dans un milieu de gens bienveillants, tout le monde est bienveillant, ça marche ».
Sébastien, chômeur, apprécie l’instant et le partage : « J’ai fait honneur au repas, j’ai vu que c’était fait avec amour, c’est magnifique », dit-il, un brin grandiloquent. Pour son ami Karim, c’était « divin : on voit qu’il a fallu du temps pour faire la cuisine... » Il ouvre une petite boîte où il a mis une part de salade de crudités au basilic et à l’huile d’olive, et la fait humer d’un air gourmand. L’affaire est modeste, mais elle fonctionne : « On fait environ 150 repas l’été, 60 en hiver, ça nous est arrivé de manger sous la neige », dit Manu.
Ne cherchant pas à se développer, le collectif se fait connaître par des affichettes et un blog. « Tout le monde peut venir », dit une jeune infirmière, « il y a un an et demi, j’ai été interpellée par une affiche, je suis venue manger, maintenant je participe à l’organisation. C’est beaucoup de travail, il faut que ça reste sympa... »
Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 02.11.2010