« J’ai commencé ce métier par amour de l’individu mais je pense arrêter par dégoût ! »
La lecture du recueil de 45 pages publié par la CFDT (Santé-Sociaux du Doubs, Retraités, Région) laisse bien plus qu’une impression de malaise, celle d’un immense gâchis humain.
Ce petit livre édité à 2.000 exemplaires présente quelques témoignages de parents de résidents d’établissements d’hospitalisation pour personnes âgées dépendantes (EHPAD), et de nombreux salariés y travaillant ou effectuant du maintien à domicile. Du sous-effectif au manque d’écoute des cadres, de l’épuisement au harcèlement, le tableau présenté est celui d’institutions en pleine crise de nerf.
« Ce qui frappe, lorsque l’on rencontre ces salariés, c’est un mélange de fierté, de culpabilité et de fatigue », résume Véronique Descacq, secrétaire nationale CFDT à l’économie et à la protection sociale, qui signe la préface. Les exemples sont édifiants : deux aides soignantes pour 35 ou 37 résidents durant un après-midi, des plannings bougeant sans cesse, des jours de repos annulés au dernier moment, des toilettes mortuaires effectuées sans formation, l’impossibilité d’accueillir un résident entrant sans devoir répondre en même temps aux urgences quotidiennes : sonnette, toilette, chute...
Les témoins parlent de « déshumanisation » et d’« épuisement », de « frustration », du « silence des comptables, financiers et gestionnaires », de « maltraitance institutionnelle ». Certains propos font froid dans le dos : « J’ai peur de me transformer en meurtrière parce qu’involontairement j’aurais laissé une situation se dégrader », avoue une infirmière. D’autres disent la difficulté de métiers utiles mais mal reconnus : « C’est un privilège de travailler pour nos aînés affaiblis, même si c’est parfois très dur car on se fait insulter, cracher dessus, taper, mordre... »
Car la grande dépendance, c’est aussi la maladie. « Sur les 13 EHPAD de la Mutualité du Doubs, il n’y en a que deux proposant 18 et 12 lits pour personnes malades d’Alzheimer, et on n’a pas tous les personnels formés pour », expliquait, hier, lors de la conférence de presse de présentation, Pascale Fleury, déléguée syndicale. « Notre système ne tient que sur la bonne volonté et l’éthique des gens pour faire tourner des boîtes à l’agonie, le taux d’absentéisme de 15 à 20 % », ajoute Norbert Marteau, éducateur spécialisé et responsable fédéral du syndicat.
Dans le Doubs, une soixantaine d’établissements pour personnes âgées dépendantes totalisent près de 8.000 places, toutes pleines : « Il y a des listes d’attente partout ». Les solutions sont financières mais aussi d’organisation, de prévention. « L’Agence régionale de santé a annoncé, le 26 septembre, 3 millions d’euros pour résoudre le manque d’effectif, mais on ne voit rien venir », explique Didier Marchal, secrétaire départemental de la CFDT Santé-Sociaux
Pour tenter de trouver un relais à leur action, les salariés CFDT du maintien à domicile s’inviteront jeudi à Micropolis où le congrès national de l’association des départements de France doit notamment débattre des politiques sociales et de la dépendance.
Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 15.10.2011