En novembre 2003, des artistes se battaient pour conserver le statut d’"intermittents du spectacle". Notamment au moyen d’une improvisation publique à Besançon : le spectacle d’une catastrophe sanitaire provoquée par une attaque au « gaz raffarin ». Violemment drôle et radicalement critique.
Les professionnels du spectacle avaient espéré la renégociation de la réforme de leur régime d’indemnisation chômage. ^à leur grand dam, elle a été entérinée sans débat lors d’une nouvelle séance de signature, jeudi 13 novembre, au siège de l’UNEDIC.
Pour montrer leur désarroi et leur colère, des comédiens ont joué, hier après-midi place du 8-Septembre, le spectacle improvisé d’une catastrophe sanitaire causée par une attaque au... « gaz raffarin » ! Une critique radicale présentant la communication politique comme de la propagande servie par une télévision préférant l’émotion à l’information.
Fumigènes et sono rauque sont de la partie. Sur une scène délimitée d’un ruban rouge et blanc derrière lequel des centaines de spectateurs se sont massés, des brancardiers conduisent des victimes aux urgences. Une caméra de MC one (MC pour maxima cloaqua) est là. « Comment agit la maladie ? », demande le porte micro. « Si vous regardez TF1... », commence le médecin. « Coupez, on fait de la télé ! », rétorque le reporter.
« Ils nous cassent les pieds », lâche en aparté une dame âgée qui fait la moue. « Ils sont trop drôles », dit en écho une lycéenne à ses copines. Le reporter ne se démonte pas : « Mademoiselle la victime, parlez dans le micro, quelle maladie avez-vous ? » « Le sarkozisme aigu ! » Il la coupe.
Plus loin : « S’il vous plaït, madame, montrez vos larmes, nos téléspectateurs seront sensibles », et faisant face à la caméra : « Voyez, l’émotion est au rendez-vous, la télé est au coeur de l’événement ».
La parodie est énorme, les passants devenus public, sont hilares. Les comédiens ont revêtu des blouses blanches ou des tenues commando, des combinaisons jaunes et des masques à gaz. Comment guérit-on de cette affection qui fait retomber en enfance et sucer son pouce ? « En retrouvant les sens », explique une malade prise en charge. Une infirmière passe dans la foule, une fleur à la main : « Sentez la fleur, retrouvez les gestes simples ! »
Quelques militants d’AC ! surgissent avec des calicots où l’UMP est « l’union pour un mouvement précaire ». Son porte parole est alpagué par le reporter de MC1 : « Ce gouvernement casse tout, il faut redonner la parole aux citoyens... » « Coupez, à vous les studios ! », hurle l’homme au micro.
Le happening terminé, les acteurs distribuent un tract grave qui dit notamment : « L’État n’exerce plus une protection contre les menaces pesant sur l’intérêt général (...). Ni les artistes et les techniciens, ni les chercheurs, les enseignants, les infirmières, les futurs retraités, les architectes, les médecins urgentistes, les archéologues, les sans papiers, les victimes des licenciements massifs, les cheminots, les routiers, les postiers, les demandeurs d’asile, les chômeurs.... n’ont été entendus ou même pris en compte ».
Moins d’une heure plus tard, ils se retrouvent place Pasteur avec plusieurs dizaines de militants (AARRG, AC !, ATTAC, FSU, CNT, G10-Solidaires) pour dénoncer « l’acharnement antipopulaire dont ce gouvernement et son commanditaire, le Medef, font preuve ».
Aucun incident n’est à signaler.
Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 20.11.2003