Outre les médecins et les psychologues (lire ci-contre), qui fait quoi au centre d’addictologie ?
Je m’occupe de la prévention adulte. J’interviens en milieu scolaire, dans les formations du personnel du secteur médico-social. Un éducateur fait du suivi à domicile, peut se déplacer en prison... L’autre travailleur social suit les populations défavorisées, des foyers à l’accueil de jour. Depuis peu, on a un partenariat avec la police sur les ivresses publiques manifestes. Quand elle ramasse quelqu’un, il passe au CHU puis en cellule de dégrisement à la sortie de laquelle il a 135 euros d’amende. Mais il peut ne pas payer s’il vient ici pour trois rendez-vous de 45 minutes. Les jeunes sont souvent d’accord et cela nous prend de plus en plus de temps. C’est intéressant, car on s’adresse à un public ciblé de buveurs, ils repartent souvent contents.
Quelle est la fréquentation du centre d’addictologie ?
On reçoit au moins une fois par an un peu plus de 1 000 patients, dont 300 à 350 nouveaux chaque année.
Cela signifie-t-il qu’on peut s’en sortir ?
Le maintien de l’abstinence représente 30 à 40 %
On rechute donc !
C’est la règle ! La plupart des gens s’arrêtent en plusieurs fois. On le vérifie notamment avec le tabac.
Quels sont les produits ?
Pour la majorité de nos patients, c’est l’alcool, souvent en association. Puis viennent le tabac, le cannabis, et enfin les autres produits. On fait des groupes d’arrêt du tabac qu’on appelle groupe de motivation en six séances de deux heures (lundi de 18 à 20 h, s’inscrire avant). On ne demande pas aux gens d’arrêter, c’est leur décision.
Chacun son truc pour arrêter ?
Oui. On fait du travail en groupe avec du sur-mesure individuel pour alimenter la réflexion : qu’est-ce que je gagne à changer.
Peut-on réduire ?
Pour certains, moins boire est possible. Mais on ne peut pas moins fumer. C’est la grande différence, la nicotine est plus addictive. Les signes de manque sont l’impulsivité, l’irritabilité, l’insomnie, la difficulté de se concentrer... Au bout de huit à dix jours, il n’y a plus de dépendance physique. mais il reste l’envie...
Et l’alcool ?
Le sevrage se fait en une petite semaine, mais le plus dur, comme dans tout, est psychologique. Les signes de manque sont les crampes, les douleurs, les tremblements, l’agitation, les sueurs, voire l’épilepsie ou la tétanie musculaire dont on peut mourir...
Il y a des facteurs de risque
Ils sont physiologiques, psychologiques, et sociologiques. Au niveau social, on est tous à risque en France. Si l’environnement est favorable (parents qui boivent, ambiance culturelle), et qu’on a des prédispositions physiologiques, on peut tomber malade.
Comment accueillez-vous les toxicomanes
Si quelqu’un vient pour ça, on le reçoit et on lui propose de voir quelqu’un de Soléa, ici. On a aussi une consultation alcool chez Soléa.
Que dire aux parents découvrant que leur ados fume du cannabis ?
C’est souvent vécu comme une catastrophe. Il ne faut ni banaliser, ni dramatiser, éviter d’en dire trop ou pas assez. On peut demander une aide quand on est parent, se faire accompagner.
Que pensez-vous des ivresses des étudiants le jeudi soir ?
On essaie de trouver une réponse à ces « bitures express » avec les correspondants de nuit, les éducateurs de rue... Il y a aussi une grosse pression sociale, économique, compétitive, le besoin de se défouler, l’internet...
Comment viennent-ils à vous ?
Par la filière commissariat ! Ou par les copines quand la situation devient extrême. Le phénomène a toujours existé. Avant, l’ivresse était la conséquence de la fête. Maintenant, c’est le préalable. Nous avons un groupe pour les proches de consommateurs d’alcool, une fois par mois le mercredi soir.
Recueilli par Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 19.10.2011