daniel bordur - journaliste

La carte scolaire 2011 reportée en Franche-Comté

94 suppressions de postes sont prévues pour la rentrée dans le primaire. Les décisions seront prises après les élections cantonales de mars.


La carte scolaire primaire de l’académie de Besançon est reportée après les élections cantonales, a-t-on appris de sources syndicales, elles-mêmes prévenues par les inspecteurs d’académie de Haute-Saône et du Jura, ce dernier invoquant « des raisons techniques liées à l’harmonisation des calendriers entre académies ». L’inspection académique du Doubs et le rectorat, contactés, n’ont ni confirmé ni donné suite.

Cette décision, inimaginable sans l’aval du ministère de l’Éducation nationale, a déjà été prise ailleurs en France. C’est le cas du Pas-de-Calais qui perd 140 postes, du Val-d’Oise qui en perd 78, ou encore de l’Indre-et-Loire. Interrogé, le ministère répond qu’il n’y a « pas de décision ministérielle, mais du bon sens dans une pratique, chaque fois qu’il y a des élections en mars afin de ne pas tenir de réunions pendant la période de réserve ». L’argument avait déjà servi en 2008. Il est assez curieux car les réunions dont il est question ne sont pas publiques. Il s’agit de comités techniques paritaires, départementaux ou académiques, et de conseils départementaux de l’éducation nationale à la composition préétablie. Et à la suite desquels les décisions sont rendues publiques.

Luc Chatel a-t-il pris la mesure de l’effet dévastateur des mobilisations contre les fermetures de classes ? La question reste sans réponse, soulignant l’embarras du gouvernement. La suppression dans le pays, de 8 900 postes dans le premier degré, prévue au budget 2011, a entraîné la colère d’enseignants, mais aussi de nombreux parents, en milieu rural et dans les quartiers.

Du populaire Planoise, à Besançon, où 8,5 postes sont menacés, à la « Mecque du ski de fond », Chapelle-des-Bois, les parents sont remontés. Les uns parce que leurs écoles « en bavent déjà », les autres ne comprennent pas pourquoi leurs enfants devraient aller à Chatelblanc, à 17 km, par des routes enneigées plusieurs mois par an.

Depuis le 4 janvier, on sait que la feuille de route du rectorat consiste à supprimer 94 postes dans la région : 71 d’enseignants et 23 d’assistants de langue ou d’intervenants extérieurs. Avec les nécessaires ouvertures de classes, les fermetures seront bien plus nombreuses que les suppressions de postes. La vitesse avec laquelle ont fleuri les occupations ou projets de rassemblements, a manifestement surpris le pouvoir. Le Sgen-CFDT estime que le report va « compliquer » le mouvement de mutation des enseignants qui aura lieu presqu’en même temps que le nouvel examen de la carte scolaire. Le SNUipp-FSU du Jura considère qu’ « assumer ses positions est devenu difficile et périlleux pour un élu UMP »...

Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 15.01.2011


Mobilisation pour plusieurs écoles du Doubs

Les parents d’élèves mobilisés ce vendredi 14 janvier ne savaient pas encore que l’examen de la carte scolaire était reporté. Une information ni officielle ni démentie, le rectorat et l’inspection académique n’ayant pas répondu, hier soir, à notre question : confirmez-vous ce que les syndicats tiennent des inspecteurs d’académie de Haute-Saône et du Jura et font circuler parmi les enseignants ? Le devoir de réserve avant les élections, invoqué par le ministère pour expliquer cette mesure de « bon sens dans une pratique », était-il déjà l’oeuvre ?

Ce qui apparaît comme un recul du gouvernement, est dû à une mobilisation qui semblait pouvoir prendre assez vite, tant la suppression de certaines classes est considérée comme injuste.

À Chapelle-des-Bois, une centaine de personnes se sont rassemblées sur la place du village pendant que le maire, Pierre Bourgeois, le conseiller général Jean-Marie Saillard, et les délégués des parents plaidaient la cause de la seconde classe de l’école à l’inspection académique, à Besançon. On avait sorti tables et banderoles, vin chaud et pique-nique pour montrer la ténacité des gens de la montagne. Ils n’acceptent pas qu’on veuille faire faire 34 km par jour aux CE2, CM1 et CM2 pour qu’ils aillent à Châtelblanc : à 1.100 m d’altitude, la neige est de la partie plusieurs mois par an. « On manifeste comme les Chinois, avec le sourire, ce qui ne freine pas notre détermination », dit un ancien journaliste. « On a davantage d’élèves qu’il n’en faut pour le maintien, comme il y a 20 ans. On avait alors tenu bon et obtenu satisfaction », dit sa voisine.

À 20 km de là, des parents et des élus de Labergement-Sainte-Marie et de Saint-Point-Lac, inquiets du risque de fermeture d’une classe de l’école des 2 Lacs, ont fait irruption, à Mouthe, lors de la cérémonie des voeux... du même conseiller général (DVD) et du député UMP pour expliquer leurs doléances.

À Besançon, une cinquantaine de parents se sont réunis en début de soirée à l’école Champagne de Planoise, touchée par la perte d’un poste pouvant entraîner une journée de moins sans classe pour le directeur. À la même heure, les parents de la maternelle Champrond, à Battant, se rassemblaient dans la cour pour garder quatre classes. Là, il y a déjà eu un conseil d’école extraordinaire, une pétition signée par 200 personnes jusqu’à l’école primaire d’Arènes et la crèche du quartier. En cas de fermeture, les classes pourraient se retrouver à 29 élèves... « J’en ai 23, à plus de 25 c’est dur de faire classe, à 29, on ne fait pas de groupe, pas d’aide personnalisée, pas d’atelier... », dit André Pedrocchi, un instituteur. « On ne veut pas de classe à plus de 30 comme il y a deux ans », dit Déborah Étienne, délégué des parents...

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