Manifestation de joie des Tunisiens de Besançon après le départ de Ben Ali
RÉFUGIÉ EN FRANCE depuis 18 ans, Khaled Ben M’Barek est emmitouflé dans un drapeau de son pays. Ancien secrétaire général de l’UGTT (union générale des travailleurs tunisiens) de Cap Bon avait fait de la prison pour activités syndicales. Ce professeur de français qui enseigne aujourd’hui au CFA du bâtiment exulte au micro, résume la situation, analyse, critique, explique. « Les autorités tergiversent, on ne sait plus où on va, la chape de plomb a disparu, les symboles de la corruption sont atteints, beaucoup de capitaux français de la coopération sont de l’argent blanchi... »
Le rassemblement était prévu à 13 h. Dès midi, le petit bout de place du 8-Septembre commence à se remplir. À 13 h 10, Oussama annonce dans la sono prêtée par la CGT : « On va chanter l’hymne national... » Khaled traduit les premiers mots du « grand poète » Chabbi : « Gardiens de la patrie, venez à la gloire, le sang crie dans nos veines, nous mourrons pour que vive la patrie... »
Abdelaziz, cadre à Besançon, tient une pancarte « Yes we can » et un drapeau marocain : « On les soutient, nous aussi on peut... Je suis venu féliciter le peuple tunisien et lui rendre hommage... » Bissane, drapeau de la Palestine en main est contente : « On est tous là pour la démocratie, la liberté d’expression, tous les pays arabes souffrent... » Moustafa, réfugié marocain des années 70 dit simplement « C’est une belle journée ». Sous son foulard, Shérazade se dit « heureuse et inquiète, j’ai peur pour ma famille là-bas, peur pour mon pays... Tous les Tunisiens veulent la liberté de parole depuis l’indépendance, ils en ont toujours été privés. J’aimerais que la révolte profite au peuple ». Nadia opine.
Prof de maths, elle a passé les vacances de Noël dans sa famille, à Hammamet : « Je viens d’avoir mes parents au téléphone, 300 personnes font la queue à la boulangerie, tout est fermé... » Étudiant à Besançon, Hakim a aussi passé les congés au pays : « On sentait quelque chose, mais on ne s’y attendait pas ». Il parle de « dignité retrouvée ». Mohamed reste « mitigé : le chemin sera encore long ». Maher est plus confiant : « Je ne suis pas inquiet, on ne peut pas faire pire... ». Un slogan, repris par la foule de 150 à 200 personnes, réclame un « jugement » pour Ben Ali « assassin » dont Sarkozy est le « complice »...
Tous les partis de gauche ont des représentants, sauf le PS dont on aperçoit deux adhérents. Le maire de Besançon a envoyé aux rédactions un communiqué de « solidarité ».
Kahled en est sûr : « C’est le plus beau jour de ma vie... »
Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 16.01.2011