Un retraité de Saône, village proche de Besançon, entend porter plainte contre les gendarmes pour une interpellation un peu rude.
Mardi 11 octobre en début d’après-midi, Robert Roy épaule sa carabine 12 mm, une cartouche de petits plombs dans le canon. Il vise des corbeaux perchés dans un noyer de son jardin, à 60 mètres, qui menacent sa récolte de noix. « Quand j’en tue un, je le pends dans l’arbre, comme ça les autres ne viennent plus... Je fais ça tous les ans, sauf l’an dernier : il n’y avait pas de noix... »
De l’autre côté de la rue, dans le dos du tireur, les enfants de l’école maternelle, située à 40 mètres, entendent une détonation. Certains prennent peur, le personnel les rassemble à l’abri. La directrice appelle le maire qui lui suggère d’appeler la gendarmerie, ce qu’elle fait. « Le parquet nous demande de saisir l’arme », explique le commandant Burlet, de la compagnie de gendarmerie de Besançon. « Pendant plus d’une heure, je discute avec M. Roy pour qu’il me remette l’arme qui était posée un mètre derrière lui, sur la table », explique le lieutenant qui mène l’intervention avec deux hommes.
« Les gendarmes m’ont demandé ma carabine, j’ai dit non, je l’ai achetée régulièrement. Puis trois autres sont arrivés en combinaison bleue. Je ne leur ai pas dit un mot, l’un m’a sauté dessus, puis un deuxième, ils m’ont jeté violemment par terre, j’ai eu le front arraché, ils m’ont mis les menottes dans le dos », raconte Robert Roy.
Rentré après le tir dans la maison qu’il partage avec son frère, il avait ouvert la porte à l’arrivée des gendarmes et les attendait sur le seuil. « Il était virulent, cherchait à savoir qui nous avait appelés pour régler le problème lui-même. On l’a interpellé car il n’a pas remis l’arme de lui-même. Quelque part, c’est de sa faute, si ça a été brutal, il n’était pas coopératif », dit le lieutenant de gendarmerie.
Conduit à la gendarmerie de Bouclans, Robert Roy voit aussitôt un médecin appelé par les gendarmes. Son frère les a prévenus qu’il est diabétique. Peu après son audition, Robert est ramené chez lui. Il sera poursuivi pour obstacle à la saisie d’une arme et rébellion. Il affirme également avoir porté plainte pour violences contre les gendarmes : « Je n’ai menacé personne. J’ai failli tomber sur la pirouette (appareil de fenaison)... Encore un peu, j’étais obligé d’acheter un costume pour aller à mon enterrement ! J’ai demandé un récépissé de ma plainte, ils m’ont dit qu’ils ne faisaient pas de photocopie ».
La version des gendarmes diffère : « Je vois mal mes hommes bousculer un homme de 71 ans pour le plaisir, le PSIG [1] a des techniques d’intervention professionnelles », dit le commandant Burlet. Quant au lieutenant, il n’a « pas souvenir d’une volonté ferme de porter plainte lors de l’audition ». Trois jours plus tard, Robert Roy consulte son médecin qui constate : « Hématomes d’environ 5 cm de diamètre au niveau du poignet droit et de l’avant-bras gauche, douleurs à la nuque et céphalées, ecchymoses du front, de la tempe, du nez et de la joue, gonalgies bilatérales et ecchymoses au genou droit. Ces lésions n’entraînent pas d’incapacité sauf complication ».
Personnage « atypique et attachant » selon un de ses amis d’enfance, Robert Roy n’est « pas connu comme délinquant », disent les gendarmes, ni « quelqu’un qui ferait du mal à qui que ce soit », dit la directrice de l’école. L’intéressé nous a répété son intention de porter plainte en écrivant au procureur. « Il peut venir à la gendarmerie, on prendra sa plainte », dit le commandant Burlet.
Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 10.11.2011
[1] peloton de surveillance et d’intervention de la gendarmerie