daniel bordur - journaliste
Etre pauvre à Besançon en 2009 (3)

En maraude pour entretenir le lien

Les travailleurs sociaux de la « veille mobile » vont à la rencontre des sans-domicile et des personnes à la dérive. Surtout pour que personne ne dorme dehors quand il gèle.


Le fourgon a été repéré à Chamars la veille par un collègue. Djamel et Jean-Marc décident d’entrer en contact avec ses occupants. Ils peuvent avoir besoin de quelque chose. Il est immatriculé en Haute-Garonne, est orné d’un tag un brin recherché. Un tuyau de cheminée sort par une fenêtre entrouverte. Jean-Marc frappe à la porte arrière. On entend des aboiements. Djamel se poste derrière une voiture :« Je suis prêt à sauter sur le toit... »

Un museau canin apparaît, frémissant, entre les battants. Une voix féminine calme la bête. Une jeune fille d’une vingtaine d’années sort du véhicule. Restant à quelques mètres, les éducateurs se présentent. Ils vont à l’essentiel : « Avez-vous à manger ? Avez-vous froid ? » La jeune fille les rassure : « On a à manger, on brûle des palettes dans un poêle. »

« Ramène des bières ! »

Avec son compagnon et leurs trois chiens, ils ont passé les fêtes en famille en Alsace. Au retour, le fourgon est tombé en panne. Ils n’ont pas les moyens de payer un garagiste et attendent quelqu’un pour réparer. Justement, le voilà. C’est un trentenaire à dreadlocks. « Ils sont probablement du milieu de la musique techno », dit Jean-Marc. Un milieu marginal, un peu nomade, avec ses codes, ses solidarités...

Direction place Granvelle. Des jeunes gens discutent et boivent sur le square. Djamel se fait interpeller joyeusement : « Tu nous ramènes des bières ? » Jean-Marc discute en aparté avec l’un : un lien à entretenir, une confiance à créer sur la durée. Il s’agit pour les éducateurs de se montrer, de témoigner respect, empathie, distance.

L’étape suivante est à Rivotte. Il faut vérifier si un bivouac a été réutilisé. Sous un léger surplomb dans un mur de soutènement de la voie ferrée, un homme avait trouvé un improbable refuge. Avec vue sur le Doubs et le faubourg, exposé à la bise du nord-est... Il a été convaincu il y a quelques jours de passer la nuit au chaud, à l’abri des Glacis. La cache est pleine de vêtements usés et d’objets disparates : un sqelette de poussette, des bidons, un casque intégral... Personne ne semble revenu.

La maraude continue par une brève halte à la boutique Jeanne-Antide, la BJA. Conçue pour mettre au chaud 17 personnes, on peut y boire un café, regarder la télé, consulter Internet, lire. Les éducateurs prennent des nouvelles, s’inquièrent de la santé de l’un, de la forme de l’autre. Dans deux heures, ils encadreront le dîner du Fourneau économique, en compagnie de Serge, veilleur de nuit aux Glacis.

L’allure et le sac à dos

Ensuite, lui aussi partira en maraude pour que personne ne dorme dehors. Il repasse au bivouac de Rivotte : personne. « 21 h, c’est trop tôt, je repasserai. » Il fait un détour par une plateforme au pied de la Citadelle, roule au pas rue des Granges : « On voit tout de suite la différence dans l’allure, la démarche hésitante, le sac à dos... » Serge pénètre dans une cour dont il connaît tous les recoins. Une cellule de remises est ouverte. Des cartons et quelques reliefs de repas signalent que quelqu’un a dormi là il y a peu.

Un coup de fil au 115 lui permet de vérifier ce qu’il craignait : un homme n’est pas rentré à l’abri de nuit. Visite de deux sites où il a ses habitudes, Serge grimpe les marches du parvis de la basilique Saint-Ferjeux : « Il ne doit pas être loin, il y a sa couverture... » Il est 22 h. Serge repassera. « On attaque une année 2009 qui va être difficile... »

A suivre

Daniel BORDUR / L’Est Républicain 21.01.2009

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