La diversité des fruits en général, des pommes en particulier, passionne les pomologues qui organisent chaque année en octobre, une exposition à la maison de quartier de Saint-Ferjeux, à Besançon.
Saviez-vous que plus de cent espèces de pommes poussent dans la région ? Que l’on peut trouver des tas de sortes de reinettes, d’Angleterre, de Brive ou de fer ? Cette dernière est de très longue conservation si l’on s’y prend bien : un endroit aéré et frais. Hier à la maison de quartier de Saint-Ferjeux, pour l’annuelle exposition de fruits de saison, il y avait ainsi quelques spécimens de reinette de fer âgés de deux ans ! Rustique, elle fait partie des pommes supportant bien l’altitude : les pommiers fleurissent tard et donnent des fruits tôt pour échapper au gel. La fameuse belle de Salins a aussi ces qualités, comme le grand alexandre, toujours de bonne dimension, ou la gravenstein rouge qui pousse ainsi dans un verger du val d’Usiers.
Verger de conservation ?
Au total, 102 pommes rouges, claires ou bicolores, rondes ou biscornues. Mais aussi, parce que la pomologie est la science des fruits, quelques coings et pas mal de noisettes. Et les plus mordus de l’association bisontine de pomologie. Là pour vous identifier un fruit, sans trop faire le malin quand même : « il faut de l’humilité, cette année, la violette de Montbéliard n’est pas violette, à croire que des feuilles l’ont cachée du soleil », sourit Jean-Yves Cretin.
Il s’arrête devant de vertes ggranny-smith « la plus lamentable pomme qu’on ait fabriquée, peu de sucre, beaucoup de jus, très acide. Elle est cueillie avant maturité, parce que mure, elle est jaune et n’est plus intéressante pour le commerce ». Vous avez bien lu, on « fabrique » des fruits. On sélectionne ceux à qui le hasard des semis a donné telle ou telle caractéristique génétique, puis on greffe pour les reproduire à l’identique. Jean-Yves a ainsi « fabriqué » la belle d’Auxon dans son jardin, en repiquant dans ses patates un plant nouveau : « Je suis le seul au monde à en avoir, c’est un hybride probable issu d’un trognon que j’ai jeté dans mon compost et dont le pépin a germé... »
La bonne centaine d’adhérents de l’association estcomme ça. Ils ont un verger, se retrouvent, discutent, se forment à la taille et à la greffe. Ces amoureux de la biodiversité ont remarqué que la faune fuyant la pression des cultures intensives s’y réfugiait. « Aujourd’hui, on ne veut plus de vieux arbres, mais on s’est aperçu que les chouettes nichaient dans leurs trous quand la Suisse a subventionné l’arrachage des pommiers à cidre pour lutter contre l’alcoolisme... » Tout se tient. Et les chouettes ont leur place dans l’écosystème en mangeant insectes et rongeurs...
Cela tiendra-t-il encore longtemps ? Pour l’instant, la préservation des multiples espèces de fruits se fait dans ces quelques vergers, se propage sur quelques étals de marchés bio ou locaux. Demain, on créera peut-être à Besançon ou dans les environs un verger de conservation. Et s’il marche, un verger conservatoire, plus exigeant, avec un ou deux jardiniers... Une réunion se tient cette semaine avec des associations et des professionnels sous l’égide la ville.
Daniel BORDUR ER - 27.10.2008