daniel bordur - journaliste

Banque alimentaire : l’urgence

La collecte a augmenté de 23% de 2007 à 2008 et quatre mois et demi de distribution en 2009 avaient consommé 60% du volume prévu pour l’année...


Les conséquences sociales de la crise du capitalisme sont palpables. Chômage et précarité ne sont pas d’aujourd’hui mais leur aggravation récente est constatée par la banque alimentaire du Doubs et des 54 associations locales qu’elle fournit. « Fin 2008, les besoins étaient évalués à +9% par rapport à 2007. Mais de février 2008 à février 2009, ils ont augmenté de 15% », lit-on dans son bulletin, Le Doubs Partage. La Croix rouge a également relevé 30% de bénéficiaires en plus de 2007 à 2008 à Besançon. Elle envisage une deuxième distribution hebdomadaire, ainsi qu’à Baume-les-Dames.

Aide de l’UE incertaine

Elle prévoit une dégradation de la situation à court terme » à Montbéliard. Banque alimentaire, Croix rouge, Emmaus et le Panier de Barnabas vont ouvrir en juin une épicerie sociale à Pontarlier où les denrées coûteront 10% du prix du commerce... « On n’a pas fait la moitié de l’année, mais on a consommé 60% des volumes annuels à distribuer », souligne Arnaud Hincelin, le délégué général de la Banque alimentaire du Doubs (BA25). En 2008, ses 2.000 bénévoles ont collecté 1.160 tonnes de denrées (200 de plus qu’en 2007, + 23%) et aidé 8.600 familles (7.500 en 2007)...

À la gravité de l’heure, s’ajoute la crainte d’une disparition de l’aide alimentaire européenne que portent sept pays membres, dont l’Allemagne et le Royaume-Uni. D’abord basée sur les stocks liés à la politique agricole commune, cette aide, qui représente 22,4% des approvisionnements de la BA25, s’est muée en enveloppe budgétaire à mesure que l’Union, approuvée par les gouvernements des pays membres, démantelait ses instruments de régulation des marchés dont les stocks étaient un élément. En outre, la crise a conduit la grande distribution, qui fournit 40% des approvisionnements de la BA25 en donnant des produits proches de la date limite de vente, à une gestion plus rigoureuse : « cela a réduit d’autant la quantité de produits frais qu’elle nous attribue ».

Produits de base

Dans ces conditions, les animateurs de la banque sont soulagés de l’augmentation du nombre de donateurs individuels à l’occasion d’une collecte nationale apportant 15% des denrées. Et encore a-t-il fallu en instituer une nouvelle, au printemps 2008, renouvelée cette année les 5 et 6 juin dans une trentaine de magasins du département.

Ces évolutions sont-elles passagères ? Traduisent-elles des changements profonds ? Quoi qu’il en soit, la BA25 veut rechercher de nouvelles sources d’approvisionnement « pour pallier les insuffisances éventuelles des donateurs quotidiens et les besoins grandissants ». L’an dernier, un producteur bourguignon avait donné 13 t de pommes de terre. L’opération pommes, consistant à solliciter les surplus des vergers de particuliers, avait bien marché.

On songe aussi aux producteurs de lait, mais « la place est prise par les Resto du Cœur et on a du mal à convaincre les fédérations des coopératives laitières et la profession agricole de diversifier », explique Guy Marchal, l’ancien de l’agroalimentaire qui organise la logistique d’approvisionnement de la banque. D’autres circuits courts sont également visés : « notre réflexion est en cours, on a pris contact avec des maraîchers », dit Arnaud Hincelin.

Pour l’heure, il donne les priorités de la prochaine collecte, les produits de base : café, cacao, céréales, conserves de protéines et de légumes, huile, sucre, farine, desserts...

• Contacts à Besançon : 10 avenue de Chardonnet, 03.81.80.96.06. À Montbéliard : 21 bis avenue Joffre, 03.81.32.16.32. Site : www.balimentaire25.com

Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 15.05.2009

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