daniel bordur - journaliste

À l’aube du douzième jour de grève...


ONZE JOURS de grève et toujours rien. Depuis le 17 mai, la majorité des facteurs de Quingey ont cessé le travail pour éviter la poursuite de la dégradation de leurs conditions de travail générée par une nouvelle réorganisation de distribution. « C’est lourd, ils ne veulent pas nous entendre alors qu’on se bat pour notre santé », dit Chafia d’une voix douce et un peu lasse. Hier matin, elle était avec ses collègues et des militants SUD et CGT à la direction du courrier, à Besançon, dès 8 h 30. « On n’a été reçu qu’à 10 h 17 et à 10 h 30, ils nous ont dit qu’ils avaient un rendez-vous impératif », dit Julien Juif, délégué SUD.

Arrivés une demi-heure plus tard à la préfecture où ils devaient rencontrer un membre du cabinet, les grévistes ont eu une drôle de surprise : « La direction du courrier était déjà là... Le cabinet du préfet est allé dans le même sens qu’elle et n’a pas voulu aborder nos revendications ».

Les salariés estiment avoir perdu 69 heures hebdomadaires, ce que conteste la Poste. « Quand on a des publicités non adressées à mettre dans toutes les boîtes aux lettres, deux fois par semaine, ça fait une heure de travail en plus, et les villages s’agrandissent, il y a des nouveaux lotissements », ajoute Chafia. Huit des neuf tournées ont perdu 20 minutes, la dernière une heure et demi. « Les heures sup ne sont pas payées depuis 2009, pour être dans les temps on roule à 70 au lieu de 50... », dit un facteur. Un autre explique qu’il « n’y arrive plus physiquement ».

Soutien des élus locaux

Les élus locaux se sont invités dans le conflit. « C’est courageux de faire grève dans le contexte actuel », a écrit Maryvonne Ragot, présidente de la communauté de communes du canton de Quingey à la direction de la Poste. Elle annonce « tout mettre en oeuvre pour aider » les grévistes, entend « tirer la sonnette d’alarme pour éviter que ce service public ne disparaisse complètement », considère « anormal et dangereux de mettre la pression sur des personnes qui ont un travail bien éprouvant ». Selon SUD, près de 1.200 habitants ont apporté leur soutien par pétition, remise à la direction et à la préfecture.

Pour le service de presse de la Poste, les grévistes ont « refusé deux fois de parler au directeur d’établissement qui était allé les voir ». Il assure qu’il y aura « toujours autant de personnel à Quingey », que « l’évolution de l’habitat a été prise en compte » et que « 90% du courrier est désormais trié avant les tournées ». Il indique que lors de l’entrevue de treize minutes, il a été « convenu que la direction va engager un travail avec les agents pour déterminer les conditions de reprise du travail, elle est prête à réexpliquer le diagnostic basé sur les normes nationales de distribution valables pour tous les sites. Des propositions seront faites autour de la mise en place de moyens et de journées de formation supplémentaires pour accompagner les agents au mieux. Toute nouvelle organisation est placée en observation pendant une période significative afin de corriger, au besoin, les dysfonctionnements qui pourraient apparaître ».

Les grévistes et les délégués sont persuadés que la direction « joue le pourrissement ». La grève devrait continuer aujourd’hui.

Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 28.05.2011

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