Le centre de long séjour pour personnes âgées de Besançon n’avait pas connu un tel débrayage depuis quinze ans.
Syndicats et direction sont d’accord sur un point : les nombreuses plaintes à la médecine du travail ont débouché l’an dernier sur un audit des risques psychosociaux encourus par le personnel. Après quoi, s’est ouvert un chantier de réorganisation et d’« harmonisation des horaires », selon la directrice Marie-Thérèse Ceugnart. Suivant une proposition de l’Agence régionale de santé, elle s’est appuyée sur l’Agence nationale d’appui à la performance des établissements de santé et médico-sociaux (ANAP), puis sur le cabinet alsacien Vogler qui a proposé de nouveaux horaires.
« L’horaire précédent (7 h 30-12 h 45 puis 17h-19h) n’était pas légal car on revenait pour deux heures. Avec les nouveaux (8 h-13 h puis 16 h 30-19 h 30, et 8 h 30-13 h 30 puis 17 h-20 h), l’amplitude de la journée dépasse les 10 h 30 autorisées, et les nuits font une demi-heure de plus », explique Claire Perrot (CFDT). En outre, une « fusion des services fait qu’on peut travailler dans tous. Il n’est plus possible de connaître tout le monde pour une prise en charge de chacun. Dans mon service, on passe de quatre à trois pour 32 résidants, dans les étages, ils sont trois pour 70 résidants dont les trois quarts ne sont pas autonomes ».
Le 26 mai, les personnels ont décidé une grève d’une heure qui a donc eu lieu, hier matin, pour protester contre « les conditions de travail qui se détériorent » et une « direction qui fait la sourde oreille ». Une centaine de personnes dont des familles de résidants, « entre 30 et 50 » selon la direction, se sont rassemblées devant l’établissement. L’intersyndicale CFDT-CGT-UNSA annonce 80 % de grévistes et réquisitionnés, du jamais vu depuis 16 ans.
Une pétition a été remise à la direction qui a durci sa position : « L’autre proposition, ce serait de revenir sur la RTT, à eux de choisir », dit Marie-Thérèse Ceugnart. Aux syndicats qui lui reprochent de les avoir zappés, elle répond qu’ils « étaient au comité de pilotage et n’ont rien dit. Cela fait neuf mois qu’on les associe, on leur a donné le planning vierge en leur demandant de l’organiser. Ils n’ont jamais rien dit, sauf en CTE et CHSCT ».
Soulignons qu’il s’agit du comité technique d’établissement et du comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail qui sont justement des lieux destinés à l’expression des désaccords.
Mme Ceugnart ne conteste pas l’illégalité de l’amplitude des nouveaux horaires, mais se défend : « C’est une règle admise dans des établissements tels que les nôtres. Les syndicats comparent avec un établissement avec médecine ou chirurgie, mais un long séjour est différent. L’après-midi, les résidants ont des visites ou dorment, il n’y a pas besoin de personnel. D’ailleurs, ces congés permettent d’aller chez le coiffeur ou de faire des courses ».
Les syndicats prévoient une nouvelle assemblée du personnel et proposeront une grève d’une journée.
Bellevaux a 250 lits de long séjour, 12 d’hébergement temporaire, 11 places de jour et un service de soins à domicile. 300 personnes y travaillent, dont environ 150 soignants.
Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 04.06.2011