daniel bordur - journaliste

« Si les délais sont trop longs, les gens partent à l’étranger »

L’Agence de biomédecine et les Cecos veulent encourager le don de sperme et d’ovocytes.


Six cents enfants sont nés en Franche-Comté à la suite d’une insémination avec donneur depuis 1973, date de la création du Cecos de Besançon, le premier Centre d’étude et de conservation des oeufs et du sperme humains. Depuis, 23 autres Cecos ont vu le jour en France, se sont souvent mis à l’AMP, l’assistance à la procréation médicale. Leur activité est surveillée par l’Agence de la biomédecine, qui en vérifie la légalité. « On pose aussi des questions à l’agence, par exemple dans le cas où un couple partant à l’étranger demande l’expatriation de paillettes », dit le docteur Oxana Blagosklonov, médecin biologiste au Cecos de Besançon.

Pourquoi les donneuses d’ovocytes sont-elles seulement potentielles ?

Toutes les donneuses venant en consultation ne vont pas faire de don : c’est gratuit, non obligatoire, la marche arrière est possible. Des gens changent d’avis après un entretien avec moi (je donne l’information sur la procédure) ou avec le docteur Agnani, qui fait le bilan gynécologique pouvant récuser le don. Il y a également un entretien, non obligatoire, avec un psychologue qui rencontre tous les couples receveurs.

Outre la limite d’âge à 45 ans et le fait d’être déjà père, tout le monde peut-il donner son sperme ?

Tous ne sont pas forcément acceptés. Il peut y avoir refus pour la qualité spermatique.

C’est-à-dire ?

En 1995, un sperme avec 40 millions de spermatozoïdes par millilitre était considéré comme faible et refusé. Aujourd’hui, il est accepté. L’OMS (Organisation mondiale de la santé) a revu ces valeurs à la baisse. On regarde aussi la résistance à la congélation et la mobilité des spermatozoïdes.

Les pesticides sont-ils en cause dans la baisse de qualité ?

Oui, mais pas seulement : toutes les substances chimiques dans l’environnement. On regarde aussi les risques de transmission de maladies génétiques. Du coup, un petit centre comme le nôtre, avec cinq ou six dons, n’en a que deux ou trois acceptés. On est donc en pénurie de donneurs de sperme, mais on survit car on a des réserves anciennes.

Cette pénurie est-elle à l’origine de la campagne de recrutement de donneurs de l’Agence de biomédecine ?

On tire la sonnette d’alarme ! Si les délais sont trop longs, les gens partent à l’étranger. Chez nous, c’est un an, ailleurs, ça peut aller jusqu’à trois ans.

Quelle est la procédure pour une insémination ?

Pour un bilan de don d’ovocytes, on se rend vite compte. Au bout du parcours après une tentative de fécondation in vitro (FIV) intrafamiliale, on demande un don d’ovocytes, ça peut prendre deux ans.

En quoi consiste la campagne ?

Je voudrais bien le savoir ! Il y a des affiches et des livrets aux CHU, à l’EFS (Établissement français du sang)... La loi prévoit que l’information passe par les généralistes et les gynécologues, mais les décrets d’application ne sont pas parus. En tout cas, je me vois mal faire campagne place Saint-Pierre à Besançon ! Le sujet reste encore tabou. Des femmes généreuses prennent rendez-vous comme donneuses, mais ne reviennent pas toujours, il faut l’avis du conjoint. Les hommes parlent peu à leur femme du don de sperme car ils craignent qu’elles le prennent mal. On cherche à sensibiliser les receveurs en leur demandant d’en parler autour d’eux car les gens sont plus sensibles quand ils sont touchés : les dons se font souvent dans l’entourage.

Y a-t-il selon vous un droit à l’enfant ?

Je ne le pense pas, mais il y a un désir d’enfant. C’est pour cela qu’on propose un rendez-vous avec un psychologue. Derrière le désir d’enfant, il peut y avoir le désir de répondre à certaines normes de la société. Parmi ceux qui abandonnent, certains réalisent qu’ils ne sont pas faits pour être parents : il y avait un désir de grossesse, mais pas de projet parental.

Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 12.11.2011


Le cecos en chiffres

- 1700 : les couples ayant fait appel au Cecos de Besançon depuis sa création en 1973. Tous ne sont pas allés au bout de la démarche.

- 600 : les enfants nés d’une insémination durant la même période.

- 20 : le nombre de couples demandant chaque année une insémination avec donneur. Il s’agit de demandes de don de sperme pour une première tentative.

- 5 ou 6 : les couples ayant déjà des enfants avec sperme de donneur et faisant une nouvelle demande.

- 10 : les couples en attente de don d’ovocytes (existe depuis décembre 2010).

- 10 à 15 : le nombre de donneuses potentielles.

Les grossesses en cours

- Dons d’ovocytes : une pour quatre tentatives.

- Dons d’embryons : deux pour dix tentatives.

Combien de donneurs de sperme ?

- En 2001 : plus de dix donneurs par an.

- En 2008 : cinq, après l’évocation de la possibilité de lever l’anonymat.

- Depuis cet été et le maintien de l’anonymat : augmentation des demandes de renseignements.

Statistiques nationales de réussite

- Dons d’ovocytes : 30 à 40 %.

- Dons d’embryons : 20 à 30 %.

- Dons de sperme : 20 %.

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