daniel bordur - journaliste

Sarkozy et les paysans : désamour toujours !

Le contact entre les paysans et Nicolas Sarkozy est-il durablement parasité ?


Il y a eu les discours copiés-collés, le célèbre « casse toi... », la désaffection aux élections régionales... Ce ne sont pas les céréaliers qui diront le contraire. « On était choqué après la table ronde de samedi, j’ai failli me lever et partir », dit Éric Thirouin (FDSEA Eure-et-Loir). Sarkozy venait de dire : « On vous a tant donné de sucres d’orge... » Mais il n’y a pas que les mots : « Le discours sur les aides qui font sortir de la crise est faux », ajoute Thirouin. « Sarkozy dit au G20 qu’il veut remettre de la régulation pour s’attaquer aux spéculateurs, mais les prix fluctuent quand il y a des problèmes climatiques ou techniques ! La FNSEA a proposé le stockage de 5 millions de tonnes de céréales, mais Christine Lagarde a renoncé à mettre le sujet à l’ordre du jour sur pression du Brésil. Alors la crédibilité... »

Philippe Collin, porte-parole de la Confédération paysanne, est également sévère : « Quand ça va mieux, c’est grâce à lui. Quand ça va mal, c’est de la faute des paysans. Ni Sarkozy ni personne n’y peuvent rien s’il manque 50 millions de tonnes de blé dans le monde. C’est ça qui a fait s’installer la spéculation. Et c’est le choix des politiques européens d’avoir instauré le marché à terme Euronext... Il est inconvenant que le ministre Le Maire s’offusque que la zone mer Noire ait interdit les exportations de blé. Ces pays ont fait leur devoir, qu’aurait-on dit s’ils avaient risqué la pénurie ? Aujourd’hui, l’Union européenne a choisi de ne pas faire son devoir... »

Régulation : comment passer au concret

Sarkozy n’a-t-il pas raison de dire qu’il est le seul dirigeant à parler de régulation ? « C’est vrai, mais pour quel contenu ? », dit Collin, « les libéraux ne pensent la régulation que par l’assurance-revenu. Pour nous, il faut une intervention physique sur le marché des matières premières ».

Jean-Michel Schaeffer, président du syndicat Jeunes Agriculteurs, est plus compréhensif : « Peu de pays parlent de régulation, si la France ne l’avait pas fait au G20, personne n’en aurait parlé. Le président doit être en recherche de solutions, il faut les lui apporter. Il est à l’écoute, maintenant la question, c’est comment on passe au concret... »

Hervé Pillaud (FDSEA Vendée) ne dit pas autre chose : « La régulation, personne n’osait en parler il y a trois ans... Jean-Michel Lemétayer a contribué à faire prendre conscience du problème à Sarkozy... »

Il y a aussi l’industrie agroalimentaire en souffrance, rappelle Jean-Pierre Mabillon (FO-Agriculture) : « Dans la Marne, on ferme les unes après les autres les usines de déshydratation de luzerne. Des secteurs entiers de l’industrie, en lien avec l’agroalimentaire risquent de disparaître par ricochet si on laisse partir la production, de luzerne, mais aussi de lin dans le développement duquel on n’essaie même pas d’investir alors que la Chine va supprimer un tiers de ses terres cultivables pour construire ses infrastructures... Le Maire est un bon ministre et Sarkozy s’appuie sur lui car il n’y connaît rien : je ne pense pas qu’il soit crédible ».

Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 22.02.2011

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