daniel bordur - journaliste

Révolutions arabes : « l’échec du libéralisme »


Président de la plateforme de 43 ONG françaises pour la Palestine, l’historien Bernard Ravenel était vendredi 29 avril à Besançon au colloque pour la Méditerranée. Dans les années 1970, il avait construit la stratégie méditerranéenne du PSU. Il collabore à la revue Confluences-Méditerrannée, fondée en 1990, après la guerre du Golfe, par Théo Klein, ancien président du CRIF, et Hamadi Essid, ancien président de la Ligue arabe.

En quoi les révolutions arabes sont-elles modernes ?

Elles sont d’une modernité non archaïque. Elles se font par le bas, la société civile, une majorité de la jeunesse. Elles sont non-violentes et remettent en cause la violence politique. En ce sens, elles sont d’inspiration gandhienne. Il y a de la désobéissance civile : on se rassemble en des lieux interdits. Au déploiement policier, le mouvement ne répond pas par les armes, c’est impressionnant. Il y a eu victoire dans deux pays, la Tunisie et l’Égypte. Des régimes ont perdu en tirant : Yémen et Syrie. Kadhafi a déclaré la guerre civile. Au XXe siècle, les changements violents avaient conduit à l’échec en URSS ou en Algérie, où les détenteurs des armes les avaient retournées contre leur propre société.

Ces jeunes mouvements peuvent-ils s’écrouler ?

Non. Un processus extrêmement profond est fait en Tunisie, il est en cours en Égypte. Je suis impressionné par la profondeur de ces mobilisations de la société civile, où les femmes ont pris en main leur destin, collectif et individuel. Dans le monde arabe, c’est décisif.

L’émancipation des femmes avait commencé sous Bourguiba en Tunisie...

Oui, mais par le haut. En Tunisie, les femmes ont demandé l’égalité pour tous au niveau des organisations préparant la constitution. En Égypte, elles demandent le processus, mais le mouvement est lancé entre femmes islamistes et non-islamistes pour déterminer comment modifier le statut personnel.

Quelle est la signification des départs de Tunisie ?

Les gens ont aussi conquis le droit à la mobilité. Ils cherchent un lieu de survie...

Cela ne signifie-t-il pas l’échec de ces révolutions ?

Non. Des gens ont réagi car ils sont dans une situation proche de la mort depuis 2008, quand les faibles ressources distribuées par l’État sur les produits de première nécessité sont tombées très bas. On ne le dit pas assez, c’était l’échec du libéralisme appliqué à ces pays.

Ces révolutions seraient antilibérales ?

Oui. Tous n’en n’ont sans doute pas conscience, mais ces révolutions contestent la logique économique que les États-Unis ont voulu imposer par une cure de libéralisme après avoir cassé la puissance arabe qu’était l’Irak. Les gens ont préféré mourir en contestant le système qu’en le subissant. Al-Jazira a tout montré, et plutôt bien.

Que font Sarkozy et Berlusconi selon vous ?

J’étais favorable à la protection des populations civiles en Libye, sous mandat de l’ONU, mais il fallait un déploiement à terre. On a transformé l’intervention en logique de guerre contre le régime. La France et l’Italie sont dans une logique de partage du gisement pétrolier de Libye. Total vise le gisement de gaz de Syrte...

Recueilli par Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 02.05.2011

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