Jean-Pierre Tonnin, maire de Crouzet-Migette, 135 habitants, 650 m d’altitude, à 50 km de Besançon, sera au congrès national des maires ruraux, le 24 octobre 2009 à Baume-les-Dames.

Crouzet-Migette est un bout du monde. À 50 km de Besançon et 650 m d’altitude, ce village de 135 habitants aux confins du canton d’Amancey s’atteint par de sinueuses routes de montagne. « Il y avait 50 habitants quand j’ai été élu en 1977. Le village était mort, avait subi l’exode rural. Il y a eu jusqu’à 300 personnes vers 1850. Migette avait une tuilerie et 50 habitants », dit Jean-Pierre Tonnin, instituteur retraité depuis peu.
Aujourd’hui, Crouzet-Migette a une auberge, deux artisans, un guide, un élevage laitier, un gîte ferme équestre, des familles, des enfants, des projets... La commune envisage-t-elle de créer une petite place à un carrefour coupant le village en deux : la restructuration de l’Équipement a éloigné les interlocuteurs, espacé les réunions... « Et on prend un cabinet privé alors que les fonctionnaires faisaient la maîtrise d’œuvre pour pas cher. Maintenant, il y a des privés à mettre en concurrence, à payer... »
Qu’est-ce qu’être maire ? « Veiller à tout ! Entretenir les trois bâtiments communaux, l’église, la maison commune et des logements sociaux... » Déjà en RPI, Crouzet-Migette s’inquiète du projet d’établissement public d’enseignement primaire que l’on peut créer à partir de 13 classes sur de nombreux villages : « On n’est pas d’accord, l’espace rural a déjà perdu assez de services publics. Les grands ensembles ne correspondent pas à notre façon de vivre, j’ai l’impression qu’ils veulent mettre tout le monde sur les routes ! »

Jean-Pierre Tonnin a du recul. Élu en 77, il a soufflé le temps d’un mandat (95-2001) mais constate les dégâts : « J’ai l’impression qu’on déménage d’espace rural. Lors de mon premier mandat, il ne se passait pas une semaine sans que je voie le gars de la DDE, il y avait un suivi. L’agent de l’ONF passait presque chaque mercredi, maintenant le forestier passe tous les deux mois, son territoire s’est agrandi. On leur demande de commercialiser des produits, pas de gérer la forêt : c’est une étape vers la privatisation... EDF ne se déplace plus, envoie des demandes de renseignements écrites pour savoir s’il y a des travaux à faire. Pour France-Télécom, ce sont des boîtes vocales qui répondent et quand on arrive à les avoir, c’est Metz qui répond et ne comprend rien. Je n’arrive pas à comprendre qu’on nous dise que la réforme fait gagner du temps et de l’argent, mais c’est le contraire ! On a attendu 6 mois le remplacement d’un poteau télécoms cassé par le vent... Après quatre ou cinq jours sans téléphone, les gens râlent auprès du maire ! »
Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 23.10.2009
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Baume-les-Dames accueille demain le congrès de l’Association des maires ruraux de France que préside Vanik Berberian, élu Modem dans l’Indre. Ce sera l’occasion pour près de 400 « petits maires » de dire son fait à Michel Mercier. Le ministre de l’Espace rural et de l’Aménagement du territoire viendra en effet défendre le projet de réforme des collectivités territoriales dont Nicolas Sarkozy a présenté récemment les grandes lignes.
Le texte fait tant débat, notamment au sein de la majorité, que le Parlement pourrait bien le passer à la moulinette. Les maires ruraux, organisés en associations dans un département sur deux, ne sont pas les derniers à lui faire un sort. Échaudés par les restructurations des services publics, un temps humiliés par La Poste qui envoyait des commerciaux leur annoncer des fermetures de bureau, les maires ruraux sont remontés. Qu’ils soient de droite ou de gauche, du centre ou d’ailleurs. Nul doute qu’ils écouteront le ministre avec attention, mais aussi Yves Krattinger. Le sénateur et président du conseil général de Haute-Saône présentera le rapport d’une mission sénatoriale sur l’organisation des collectivités territoriales. Après quoi, se tiendra un débat qui s’annonce chaud.
Aux craintes de perte d’indépendance, s’ajoutent des inquiétudes quant aux ressources financières des commune. Comme si cela ne suffisait pas, la tâche de maire, même si certains aiment la place, n’est pas de tout repos. Nombreux sont ceux qui jettent l’éponge, y compris en cours de mandat, comme il y a quelques mois à Mesmay, village de 80 habitants du canton de Quingey. Un conflit de personnes, voire de familles, quelques mots mal placés, et voilà l’élu qui jette son tablier. Personne ne voulant prendre la place, la préfecture est venue jouer les bons offices pour trouver une solution et un maire par défaut a accepté le mandat.
La médaille de la responsabilité a aussi un revers...
Conseiller régional (PS) et maire de Lavoncourt (293 habitants, canton de Dampierre-sur-Salon, en Haute-Saône), Jean-Paul Carteret préside l’association des maires ruraux de Haute-Saône, « 380 à jour de cotisation, bientôt 400 ». Pourquoi tant d’adhérents ? « Parce qu’on met en avant les problèmes ruraux. On a la fibre rurale. On ose la défendre franchement face à tout ce qui fout le camp. Tout le monde est attaché à la qualité de vie à la campagne. Et quand les gens y sont en difficulté, ils s’adressent au maire ». Mais là, les maires appellent au secours : « On ferme des brigades de gendarmerie, à Autrey-les-Gray le 1er janvier 2010, c’est en réflexion pour Champlitte, Fresne-Saint-Mamès, Saulx... Pour La Poste, c’est énorme, on nous garantit le maintien de tous les points... jusqu’au 1er janvier 2011. Et après ? »
Crie-t-il dans le désert ? « On éloigne les centres hospitaliers, les urgences... Arrêtez la casse ! Les effectifs de l’ONF baissent, heureusement mon adjoint connaît le bois, mais la prochaine génération ? »