Que faire avec les quatre familles de Gens du Voyage, rejetées même par leur communauté, d’où vient l’essentiel des problèmes sur et à proximité des aires d’accueil ? La question a passionné le conseil d’agglomération, jeudi soir. Normal, quelques jours après la fermeture de la station Total de Mamirolle et la menace pesant sur ses cinq emplois (ER des 9 et 11 novembre). C’était couru, tant les violences, les dégradations, les vols de carburants durent depuis longtemps.
En outre, « le coût des réparations sur les aires d’accueil n’est pas acceptable pour la CAGB, je l’ai écrit au préfet », a noté Jean-Louis Fousseret en avouant son impuissance : « Il faut trouver des solutions, je ne sais pas lesquelles, ce n’est pas à moi de les trouver ». Le président de l’agglo est plutôt remonté depuis que cet été, il a été vertement pris à partie par des Gens du voyage. La CAGB devait refaire les aires avant d’en confier la gestion à la société spécialisée Vago. À Saône, les occupants craignant de ne plus pouvoir revenir, refusaient de quitter les lieux...
« Il y a eu tentative d’homicide, un jour l’exaspération peut faire qu’il y ait des morts », dit Daniel Huot, le maire de Mamirolle. Robert Stepourjine, le maire de Pirey, témoigne : « Des éléments incontrôlables étaient persona non grata sur la CAGB, ils sont allés dans le Jura où ils ont commis les mêmes exactions, mais le sous-préfet nous a demandé de les reprendre ! ». Il pense qu’on n’y « arrivera pas sans la justice » et déplore que lors des différentes réunions en préfecture sur le sujet, « le seul absent ait été le procureur ».
Contacté, le procureur, Alain Saffar, assure s’être « rendu à chaque réunion où j’ai été invité ». Indiquant qu’un état-major de sécurité s’est tenu vendredi en préfecture, sans les élus, il révèle : « On s’est quitté en se disant qu’on recevra les maires pour leur dire ce qui a été fait et ce qui est possible de faire ».
Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 20.11.2011
La scolarisation est défendue par Bernard Moyse, maire de Thise, qui voit les « liens réguliers avec les mères... » Daniel Huot, maire de Mamirolle, doute : « c’est bien mais limité... »
Un professionnel analyse : « Les coupables sont toujours ensemble. Il faut séparer les quatre familles, elles sont d’accord. Mais pour aller où ? Trois ont des enfants d’âge scolaire, une a des ados et des jeunes adultes qui font beaucoup de conneries. Si on ne scolarise pas la quinzaine d’enfants, ils vivront comme leurs parents, ou pire. La CAGB a intérêt à trouver une solution avant que ça barde vraiment. Aujourd’hui, le dialogue est bloqué, les familles avec enfants veulent en avoir un avec les élus, avec médiation. Le parquet est coincé car le droit repose sur l’individualisation des actes. Tout le monde sait qui est responsable, mais on ne dénonce pas un frère ou un oncle... »
Le procureur Alain Saffar confirme : « pour les faits récents, l’enquête n’a toujours pas donné lieu à arrestation. Il faut d’abord identifier les auteurs : on a besoin de charges individualisées, on ne peut pas incriminer un groupe ».