daniel bordur - journaliste

Le bonheur du débat partisan

Entre les deux tours des cantonales, le conseil municipal de Besançon s’abandonne avec délice dans les discussions idéologiques. Pas forcément un mal.


UN CONSEIL MUNICIPAL entre deux tours de cantonales, c’est assez rare. Hier soir à la City, cela a été l’occasion d’un débat tout en positionnement en vue de dimanche et de 2012 ! Entre des propos de circonstances sur l’actualité internationale (Japon et révolutions démocratiques) et le carnet mondain (décès de Joseph Roth et paternité d’Édouard Sassard), Jean-Louis Fousseret évoqua la « catastrophique carte scolaire » et les « mensonges » de RFF qui « s’assoit sur ses engagements » de rester à Besançon.

Après un « appel au vote républicain », Pascal Bonnet (UMP) dit son accord sur le Japon et « les démocraties à venir », son « soutien sur RFF » et son « inquiétude » pour les écoles. Odile Faivre-Petitjean dit l’opposition du MODEM aux suppressions de classes et Jean Rosselot (UMP) « regretta les polémiques extrêmes ». Éric Alauzet (Verts) signala qu’économiser 10 % d’électricité sur 3 à 4 ans permettrait de fermer cinq centrales nucléaires...

Le conseil était commencé depuis plus d’une demi-heure, on passa à l’ordre du jour. Marie-Noelle Schoeller présenta la consistante synthèse du rapport d’analyse des besoins sociaux (ER d’hier). Et le débat général recommença pendant plus d’une heure sur fond de réalités locales. Jean-Marie Girerd (UMP) fit confirmer à la première adjointe que les moins de 15 ans étaient bien passés de 19 589 en 1999 à 17 508 en 2007, tendance appelée à durer. Le maire ajouta que les moins de 45 ans quittent la ville, d’où sa « politique du logement dynamique : il faut construire sinon les loyers vont continuer à augmenter... » Solange Joly (PCF) évoqua les quartiers où « un ménage sur quatre est sous le seuil de pauvreté », s’interrogea : « La reprise sera-t-elle pour tous ? », parla du désespoir qui « conduit à l’abstention et au vote FN ».

Michel Omouri (UMP) rendit la municipalité responsable de la désindustrialisation de la ville qui ne jurerait que par les services : « Besançon perd son dynamisme, vieillit, je comprends que vous ayez ouvert la Maison des seniors ». Lisant son écran de prompteur, Élisabeth Péquignot (UMP) en rajouta sur l’immigration : « D’accord pour un accueil digne de ceux qui arrivent, mais dans le contexte où de nombreux Bisontins sont dans les difficultés, il faut manier ce sujet avec précaution... Il faut s’inspirer de la réindustrialisation de Belfort : si Besançon avait une entreprise de plus de 1 000 salariés, elle serait une locomotive pour l’emploi ».

La première partie du propos eut le don de « choquer » Fousseret qui réagit à la seconde, en annonçant qu’une « grande entreprise va bientôt venir se développer à Besançon et vous le savez ».

Dans un rôle de puncheur qu’on ne lui connaissait pas, Abdel Ghezali (PS) traduisit les propos de l’opposition : « Vous dites qu’on est une ville de vieux et qu’on ne fait rien, mais l’emploi est une compétence de l’État ! Aujourd’hui, nous organisions deux forums emploi dont un au Palais des sports : on n’est pas obligés, mais on le fait en partenariat ».

Plus fin que ses colistiers, Pascal Bonnet glissa que l’agglo a davantage « une politique de transport générant de l’emploi à court terme, qu’une politique économique ». La réplique ne pouvait venir des socialistes qui ont tant approuvé la dérégulation économique européenne, elle a été le fait de Christophe Lime (PCF) : « La politique de l’agglo cherche à atténuer les effets de votre politique nationale, mais les leviers sont peu importants. Cela fait des années que les emplois industriels s’en vont à cause des délocalisations qui mettent en concurrence les salariés. Il faudrait au moins l’éviter en Europe... » Fousseret eut quand même le dernier mot : « Quand on amortit une chose, on ne la supprime pas... »

Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 25.03.2011

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