daniel bordur - journaliste

« La conscription étaità bout de course »

Le général Marc Foucaud, commandant de l’état-major de Besançon, évoque le lien armée-nation.


En Franche-Comté depuis le 22 août, le général Marc Foucaud est le nouveau patron de la « base de défense » de Besançon. Volet militaire de la réforme de l’État (la révision générale des politiques publiques), la base de défense consiste à placer différentes formations, des trois armes, d’un même territoire, sous un commandement unifié afin de mutualiser les fonctions telles que la comptabilité, la gestion des carrières, les frais de déplacement, la cuisine ou l’entraînement physique, tout en diminuant les effectifs de 15 % en cinq ans.

La base de Besançon réunit 24 formations réparties dans le Jura, la Haute-Saône (moins Luxeuil, rattaché à Épinal), le Doubs (moins Montbéliard) et le 511e régiment du train d’Auxonne (Côte-d’Or). Elle compte environ 5 000 personnels.

Comment la réforme s’est-elle passée ?

En moins de deux ans, on a tout chamboulé, changé les procédures, les logiciels, les hommes... En France, 7 états-majors, 18 régiments, 24 000 personnels, ont été transférés. Des unités sont parties en opération dans un régiment, sont revenues dans un autre. 2012 sera l’année des ajustements.

Le logiciel Chorus, critiqué dans de nombreuses administrations, fonctionne-t-il ?

Il marche, mais il est perfectible, il faut lui laisser le temps de vivre. Il permet à Bercy de suivre les éléments prégnants sur les budgets des administrations.

Et au quotidien ?

Les bases arrières ont par exemple aidé les familles à déménager. Les militaires sont habitués à s’adapter, mais là, on leur a demandé beaucoup. Personne ne s’est plaint, mais il y a eu beaucoup de remises en cause.

Alors que des troupes sont en opération...

Afghanistan, Libye, Côte d’Ivoire... 21 000 personnels sont en posture opérationnelle, dont 16 000 en mission et 5 000 en alerte, prêts à partir dans les 24 à 96 heures. Dans l’armée de terre, sur 93 000 personnels, 31 000 sont projetés chaque année.

Cela signifie-t-il des difficultés particulières, des gens épuisés ?

Il n’y a pas d’épuisement. En opération, les gens se comportent bien, la France peut en être fière.

Justement, le lien armée-nation ne s’est-il pas distendu avec la disparition de la conscription ?

Je vais vous dire ma position personnelle. J’ai servi avec des appelés jusqu’à lieutenant-colonel et j’ai toujours été très satisfait. Je suis parti au Liban avec une compagnie d’appelés, motivés, généreux. Mais ce système était de plus en plus inégalitaire, à bout de course. Certains donnaient plus que d’autres. La conscription était un peu injuste, on voyait qui y échappait. Avec l’expérience du Golfe, et depuis la chute du Mur, on voit qu’on aurait été incapable de faire face à un engagement extérieur avec une armée d’appelés. Le type d’armement a changé. Et ce serait plus compliqué avec des appelés sur le plan politique. Si le service militaire avait persisté, on aurait aussi diminué sa durée.

Il faut plus de six ou huit mois pour former un soldat ?

Nous n’avons plus besoin de défendre les frontières du pays, donc nous sommes passés à l’armée de métier. Sur le plan de l’efficacité, il n’y a pas photo. Il faut un an pour former un fantassin avec son système d’armes. On ne peut pas concevoir une armée sans contact avec la nation. Une armée non soutenue par la nation, c’est compliqué pour le militaire. Il a besoin de soutien populaire et c’est plus difficile avec une armée de métier, beaucoup moins de familles se sentent concernées.

D’où la nécessité de débats au Parlement alors qu’ils sont très rares !

Les affaires militaires sont l’affaire de la nation. Les décisions d’engagement appartiennent au politique, les militaires sont des conseillers techniques, présentent différentes orientations.

Justement, il y a un relatif consensus sur la Libye mais une contestation sur l’Afghanistan...

Oui, mais nous, militaires, n’avons pas à rentrer dans ce débat. Les militaires risquent leur vie, leur chair quand ils sont blessés, ils ont besoin du soutien de la nation, que leur sacrifice soit reconnu, mais c’est vrai que c’est compliqué en Afghanistan.

La société civile est majoritairement défavorable à l’engagement français...

Chacun a son opinion, mais un militaire ne choisit pas sa mission, il faut que les Français le comprennent. Les militaires sont des citoyens comme les autres, ils votent, même s’ils ont un devoir de réserve.

Recueilli par Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 03.10.2011


L’Afghanistan toujours...

La base de défense de Besançon est-elle encore concernée par l’Afghanistan ?

500 personnels sont actuellement en opération, la plupart en Afghanistan. L’état-major de la 7e brigade blindée se prépare à y aller dans un an, le 13e RG dans six mois.

Que va y faire le GIGN ?

Un détachement de la gendarmerie encadre la police nationale afghane. Certains membres du GIGN travaillent avec les forces terrestres dans des zones sous responsabilité française : une compagnie du 19e RG y est, des unités françaises travaillent au sein de bataillons afghans. Des Français appuient sur le plan de l’instruction des bataillons afghans. Le but est que, petit à petit, nous donnions la main à l’armée et à la police afghanes. En Surobi, ce devrait être fini avant la fin de l’année, on sera en appui derrière elles. En Kapisa, zone plus sensible, on basculera une partie des moyens. Il n’y avait pas un seul militaire afghan en 2008 dans ces deux régions, aujourd’hui ils sont 5000, plus des policiers... La transition est en train de se faire. Cela correspond à l’objectif de diminuer nos effectifs de 25 % en 2012, et de nous désengager de Kapisa en 2014.

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