daniel bordur - journaliste

L’élu, le laïc et le prélat


Le tribunal administratif examinait hier une demande d’annulation de la décision d’un élu de la République d’inviter l’archevêque à bénir une nouvelle demeure au musée de Nancray.

« Si j’avais su que cela allait me conduire au tribunal administratif, j’aurais réfléchi », dit Pierre Contoz. « Mais je l’aurais sans doute fait quand même », ajoute en souriant le maire de Montfaucon et président du syndicat mixte du musée de plein air des maisons comtoises de Nancray. C’est au titre de ce mandat que le citoyen Jacques Moutterlos, au nom de la laïcité, l’a assigné devant la juridiction chargée de sanctionner les fautes et abus des pouvoirs publics. Il lui reproche d’avoir, dans cette fonction, porté atteinte à la loi de 1905 de séparation des églises et de l’État, en invitant André Lacrampe, archevêque du diocèse catholique de Besançon, à bénir la maison haut-jurassienne des Bouchoux lors de son inauguration il y a un an.

« Comme faire baptiser un édifice public »

Catholique non pratiquant, l’élu, socialiste, l’avait déjà confessé, et même « expié » dans une ironique lettre à son contradicteur : s’il a invité le prélat, c’est à titre « personnel » et sans que cela n’engage le syndicat qu’il préside. D’ailleurs, il n’y a « pas de décision du syndicat mixte, pas trace de délibération, ni même de carton d’invitation au nom de monseigneur Lacrampe. S’il est intervenu, c’est parce que je l’ai sollicité à titre amical ».

Jacques Moutterlos ne l’entend pas de cette oreille et considère que l’initiative est celle de l’homme public, du « président du syndicat soumis à une législation de droit public » dont il veut faire « annuler la décision ». Pierre Contoz avance que ce ne sont pas les crucifix et autres objets religieux qui manquent au musée de Nancray, fondé d’ailleurs par l’abbé Jean Garneret, à l’époque sous une forme associative. En difficultés financières, l’association avait été reprise par les collectivités locales créant le fameux syndicat mixte. « Je ne conteste pas qu’on expose des objets religieux », rétorque Jacques Moutterlos qui n’est pas ennemi de la culture et des traditions, « mais un acte réel de l’archevêque, c’est différent, c’est comme une décision de faire baptiser un édifice public ».

Le rapporteur public a cependant demandé le rejet de la demande de M. Moutterlos, s’appuyant notamment sur une jurisprudence bordelaise. « Il a cité plusieurs arguments qui ne vont pas toujours dans le sens de la loi de 1905 qui exclut, pour certains aspects, les musées », dit Pierre Contoz. Or, poursuit-il, le musée de Nancray est « un musée traditionnel avec une présence religieuse forte ». Que répond-il à l’argument de la différence entre la « chose » religieuse et l’« acte » de l’élu de la République avancé par M. Moutterlos ? « J’ai sollicité Mgr Lacrampe lors d’un repas chez le curé de Montfaucon. L’archevêque m’a dit qu’il ne connaissait ni le musée ni l’abbé Garneret (décédé en 2002). Je lui ai dit de venir à l’inauguration, lui demandant de bénir la maison car il y aurait de nombreux habitants des Bouchoux à qui cela ferait plaisir. Le droit dira si on me fait retirer ma décision, mais je ne sais pas comment je ferai, j’essaierai peut-être d’essuyer le mur pour enlever l’eau bénite ! »

La décision a été mise en délibéré.

Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 27.05.2011

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