C’est du théâtre, mais c’est aussi un regard sur l’enfance et l’immigration.
Mémoire de Papillon est un beau et malicieux spectacle sur l’enfance. Politique, comme souvent avec les textes du Bisontin Mohamed Guellati, il pose une lancinante question : quand, comment et pourquoi les découvertes émerveillées de l’enfance des années 60 et 70 n’ont pas débouché sur une société plus juste et sans discrimination ? La plupart des enfants de l’époque ne pensaient pas, qu’une fois devenus grands, leurs rêves d’avenir radieux céderaient la place au repli communautariste, à la persistance du racisme, à la montée de l’antisémitisme, au retour au premier plan d’idées fascistes.
Joué par Mohamed Guellati lui-même, dansé par Kader Attou qui dirige depuis deux ans le Centre chorégraphique national de La Rochelle, Mémoire de Papillon traite de la violence des démolitions d’immeubles, de souvenirs d’école, d’éclats de rire et de catéchisme, d’accent de Montbéliard et de mots du bled. « L’enfance est une passionnante période de chocs culturels », dit Mohamed Guellati. Il fait aussi passer un message simple, évident : « Coucou, je suis d’ici ».
Où est la fracture ? « L’école républicaine qui faisait le mélange ne le peut plus aujourd’hui ». Pourquoi ? « Les années 90 ont vu arriver le communautarisme. Sur des photos d’enfants des années 70 aux Clairs-Soleils, on voit des têtes blondes et arabes hilares ensemble, maintenant c’est fini ». Un temps et il ajoute : « J’aimerais que les jeunes me disent ’’ton truc est ringard’’, mais non... Avec le printemps arabe, on découvre qu’il y a des démocrates arabes ! J’aimerais que les démocrates d’ici l’ouvrent un peu plus... » Quant aux comptes à régler avec l’histoire, « on a parlé des dizaines d’années de réconciliation avec l’Allemagne, fait des émissions, écrit des livres. Mais on fait tout un pataquès pour que la Cité de l’immigration ouvre à Paris, mais aborder ces questions ne met pas d’huile sur le feu, au contraire, ça apaise ».
Peut-on sortir du communautarisme ? « A mon niveau, la culture, j’aimerais que les directeurs de lieux parlent de leur public. À Saint-Etienne, quelqu’un m’a répondu : c’est bon, on a votre spectacle pour notre communauté maghrébine ». C’est peu dire que c’est tout le contraire de ce qu’il cherche : « Notre public des Clairs-Soleils vient au CDN et à l’Espace dont le public vient aux Clairs-Soleils... » Une petite forme de Mémoire de Papillon, « Bah boum boum », y sera jouée les 21 et 22 juin.
Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 12.05.2011