daniel bordur - journaliste

« Mon plus fort choc culturel »

Directeur général des services du Grand Besançon, Jean-Paul Vogel part à Montpellier. Il y dirigera dès le 1er février 2011 l’Institut d’études territoriales du Centre national de la fonction publique territoriale.


Que voyez-vous dans votre rétroviseur bisontin ?

Quand Robert Schwint m’a recruté en mai 1999, c’était le district avec 20 cadres et 120 pompiers. Aujourd’hui, la CAGB, c’est 400 personnes.

Qu’est-ce qui a changé ?

Les compétences, la taille, les enjeux techniques, politiques, managériaux. Le district était une petite administration de mission. L’agglo nécessite une réflexion d’ensemble. Les 230 millions d’euros du tram, c’est lourd, le conservatoire national de musique ou la gestion des déchets aussi.

Vous êtes ingénieur des travaux publics d’État, spécialisé dans l’économie des transports. Pourquoi vous être mis à la sociologie et l’urbanisme ?

Pour la compréhension d’ensemble d’une ville, ajouter à la boîte à outils de l’ingénieur, une dimension sociale et historique.

Comment voyez-vous le territoire du Grand Besançon ?

Venant du Nord Franche-Comté, j’ai été frappé par la différence de tempérament. C’est le choc culturel le plus fort que j’ai vécu. Peu après mon arrivée, j’ai décrit à Paulette Guinchard le fonctionnement de Christian Proust à propos de l’aéroparc de Fontaine, il avait incité très fortement les communes à adhérer. Elle m’avait dit : « Ici, ce n’est pas comme ça que ça se passe ». Cela m’a suffi à comprendre qu’on travaillait par consensus. Ici, ce n’est pas institutionnellement violent comme à Belfort...

Besançon est venu tard à l’intercommunalité...

C’est sûrement moins rapide, mais c’est parfois plus efficient que dans les territoires où les décisions se prennent à l’emporte-pièce.

C’est pour ça qu’on met du temps à décider ?

Oui. L’exemple type est le tram. Maintenant, c’est un projet solide, approprié...

N’y a-t-il pas une forme de sclérose due au fait qu’il n’y a pas eu d’alternance politique depuis 1953 ?

Je n’ai pas à me prononcer là dessus. C’est aux fonctionnaires de s’adapter aux élus et aux territoires. Il y a de la lenteur, sûrement, mais pas de la sclérose. Il pourrait y avoir une interaction plus forte entre la ville et les communes périphériques. Les zones de Marchaux-Chaudefontaine ou de la gare d’Auxon nécessitent davantage de concertation avec les communes. Mais si on tape du poing sur la table, il y a blocage.

N’enviez-vous pas les onze communes qui fusionnent dans le Val de Travers ?

36 000 communes en France, c’est terrible... 55 élus représentent 120 000 Bisontins, et 700 les 55 000 habitants de la périphérie... Quand on invente des conseils de quartiers ou des conseils consultatifs d’habitants à Besançon, il n’y a pas besoin de les inventer en périphérie. Si on fusionne, il faudra créer autre chose...

Vous êtes fonctionnaire, mais aussi militant PS et avez présidé la Ligue des droits de l’homme. Est-ce compatible ?

Il y a des aspects militants dans ma mission : je suis attaché au service public. Sans éthique, on n’a rien à faire dans la fonction publique territoriale. À l’Agglo, je laissais mes convictions politiques de côté : j’ai travaillé avec des vice-présidents PS, UMP ou sans étiquette. Comme président de la Ligue des droits de l’homme, j’ai été un peu plus visible...

Vous avez à ce titre été porte-parole du collectif de défense des droits et libertés des étrangers, face au maire ou au préfet. N’est-ce pas gênant ?

Non, et s’il y a quelque ambiguïté, cela peut se gérer intelligemment. La LDH est membre du comité local d’éthique sur la vidéosurveillance, il est évident que je ne pouvais pas y siéger personnellement, c’est la vice-présidente Maryse Marchand qui y va.

Au congrès de Reims, vous avez voté pour la motion de Benoît Hamon (gauche du PS), or Jean-Louis Fousseret était pour DSK. N’est-ce pas gênant ?

À lui de le dire. Il connaît mes options, certains élus soutiennent les mêmes...

Votre poste est-il politique ?

Oui... Quand il s’est agi de transformer le district en 2000, les élus débattaient entre communauté de communes et communauté d’agglo. Claude Girard défendait une communauté de communes et plusieurs étapes. J’ai dit publiquement pourquoi ce n’était pas possible, il y a eu un début de polémique dans l’assemble et Robert Schwint avait confirmé qu’il était d’accord...

Partez-vous par ras-le-bol ?

Non, mais je n’avais jamais fait plus de 5 ans dans un poste. À l’âge que j’aurai à la fin du mandat (2014), il aurait été difficile de muter... J’ai besoin de me renouveler, de faire des choses très différentes.

Recueilli par Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 31.01.2011

Textes et images © Jurandoubs | mentions légales | Site réalisé avec SPIP par Lionel Volta.