daniel bordur - journaliste

Lucien Bersot a enfin sa plaque

87 ans après sa réhabilitation, le nom du célèbre « fusillé pour l’exemple » de la guerre de 14 figure désormais au-dessus du porche de la Maison du Peuple de Besançon, au côté de celui de son camarade Élie Cottet-Dumoulin.


« Ouf ! » Françoise Fumey vit l’inauguration de la plaque en mémoire de Lucien Bersot et Élie Cottet-Dumoulin comme un soulagement. Françoise est une petite-fille de Léontine, la veuve de Lucien Bersot, fusillé pour l’exemple le 13 février 1915, parce qu’il avait refusé le pantalon taché de sang prélevé sur le cadavre d’un soldat, l’histoire est connue, il y a eu des livres, des articles, des émissions, un film d’Yves Boisset... Fusillé pour l’exemple comme plus de 600 des quelque 2 500 condamnés à mort de la guerre de 14.

Camarade de Bersot, Cottet-Dumoulin avait contesté la sanction. Condamné à vingt ans de travaux forcés, il mourra deux ans plus tard sur le front de Serbie...

Françoise Fumey « pousse un ouf », mais elle trouve que « c’est un peu tard. C’est quand ma tante Marie-Louise était en vie qu’il fallait le faire... Elle aurait eu 100 ans le 23 novembre prochain... » Marie-Louise, la fille de Léontine et Lucien.

Léontine s’était remariée en 1919 avec Léon Frère, un autre Poilu. « Gazé, il s’est battu pour la réhabilitation de Lucien », finalement innocenté et réhabilité en 1922. Entre-temps, Léontine et sa famille connurent mille humiliations, rasaient les murs, étaient montrées du doigt. Françoise se souvient de Léontine qui l’emmenait, petite-fille, sur la tombe de « Papa Lucien ». Elle dit simplement : « Elle souriait rarement, elle a eu une vie triste, elle en a bavé. »

La responsabilité du pouvoir civil

C’est en songeant à la douleur des familles des fusillés, mais aussi aux terribles injustices commises durant cette guerre que plus de 200 personnes ont assisté au dévoilement de la plaque. Parmi elles, des libertaires portaient une banderole « Non à toutes les guerres ». Depuis quelques années, ils rebaptisaient la rue Louis-Bersot en Lucien-Bersot. Contestant que Bersot et Cottet-Dumoulin soient « morts pour la France » comme le mentionne la plaque, ils ont scandé qu’ils étaient « morts par la France ».

Cela a irrité Joseph Pinard, qui travaille depuis longtemps sur le sujet. « À chacun sa sensibilité, par respect pour les familles, un peu de décence », a demandé Jean-Louis Fousseret au micro. Le maire a parlé du « calvaire des femmes, les certificats de décès jamais en règle », évoqué les « rumeurs de trahison de Cottet-Dumoulin dont la famille a quitté la ville ». Il a insisté sur la « responsabilité du pouvoir civil qui, réfugié à Bordeaux, affolé, a facilité les procédures d’urgence » qui ont conduit des officiers à se comporter comme des assassins.

Dans la matinée, c’est ce qu’avait rappelé Thierry Alzingre, président départemental de la Libre pensée dont une dizaine de militants ont rendu hommage à Bersot, devant l’ossuaire du cimetière des Chaprais : « Qu’est-ce qu’un homme ? Son uniforme, son casque, son fusil ? »

Pour Françoise Fumey, la plaque qui surplombe l’entrée de la Maison du peuple, 11, rue Battant, est « l’aboutissement » d’une longue bataille. « C’est vrai qu’ils sont morts par la France, mais aujourd’hui, c’est le pardon, l’hommage... Il le faut bien, sinon, on n’avance plus. »

Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 12.11.2009

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