La tromboniste bisontine joue avec « la Bête à bon dos », onze jazzmen placés sous l’égide de l’Association à la recherche d’un folklore imaginaire, de Lyon.
Marie-Jo Guisse aime les expériences. Depuis plus de vingt ans, sa fine silhouette au trombonne arpente les scènes musicales les plus diverses. Formée au conversatoire de Besançon, elle a joué en orchestre classique, tâté du lyrique, avant de se tourner résolument vers le jazz, tendance éclaté.
Sérieuse et travailleuse aux dires de ses proches, elle a été de tous les bons coups. C’est « une nana qui assure, professionnelle et complète », dit le comédien et percussionniste Bertrand Boss qui a été avec elle de l’expérience Zoot Suite.
Elle a joué avec la fanfare Léa Traction d’où sont issus les fondateurs du cirque Plume. A fait partie du fameux groupe de filles Arrête, tu fais pleurer ta mère. Elle a enregistré avec Nawari, accompagné Formica aux côtés de Coco l’amie trop tôt disparue, joué en sextet avec le guitariste Jérôme Lefebvre et le contrebassiste Eric Jankowski...
Elle sourit à l’évocation d’un fameux concert de la Marmite infernale organisé par La Péniche (de Tarragnoz) sous le pont Battant. La Marmite est issue du très dynamique mouvement jazz né à Lyon autour du Workshop et de l’ARFI, l’Association à la recherche d’un folklore imaginaire. « C’est une association de musiciens qui propose, dans un choix artistique défini, des formations diverses. » Parmi celles-ci, l’Apollo trio, Baron Samedi, 32 Janvier ou la Bête à bon dos avec qui joue Marie-Jo depuis trois ans.
Forte de onze musiciens des quatre coins du pays, cette formation virtuose mâtinée de free-jazz contemporain et très écrit, est animée par le saxophoniste et compositeur Alain Rellay. Un disque beau et foisonnant, intitulé Tango félin, a été enregistré à Belle-Ile, dans la rue, dont on entend les bruits, les mouettes, les bateaux... Il correspond bien à l’esprit d’un ensemble qui aime se produire dans les festivals, de la Villette en Avignon, de Partenay à Chinon...
« Je reviens à mes premières amours musicales », dit Marie-Jo. « C’est un rêve commencé quand j’avais à peine trois mois de trombone, quand je faisais des stages avec l’ARFI, avec des gens davantage dans la création que dans la reproduction. Quand on joue, nous nous retrouvons en terrain artistique commun, chacun est vraiment tributaire de l’autre et de l’instant présent. Quand tu joues d’un instrument, il y a tellement de toi en jeu que c’en est parfois à la limite de l’impudique : on partage l’essentiel sans le dire. Le jeu est un des rares moments où l’on n’est ni dans la projection ni dans le regret, mais dans la relation. Je pense qu’on vit les mêmes choses au foot ou au hand, mais la musique est plus intime... L’improvisation, c’est : qu’as-tu à dire ? que répond l’autre ? »
Marie-Jo Guisse est également prof à l’école municipale de musique de Vesoul. Cela lui permet d’échapper à la dure vie d’intermittent du spectacle, mais aussi d’inspirer son enseignement : « Il est souhaitable que les enseignants aient une carrière artistique pour rester en contact avec la musique qui se fait. Jouer d’un instrument pour seulement l’enseigner n’a pas de sens. »
N’empêche, si elle n’enseigne pas la musique à son fils Pierre, elle lui en a transmis le goût. Notamment par le biais de l’Orchestre des Familles qui mêle, en été, les parents musiciens et leurs enfants, les jours de concert au marché des villages proches du camping...
Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 31.12.2003