De précieuses images que le photographe disparu en 2007 avait faites lors de longs séjours parmi les peuples des forêts ont été exposées en juin 2009 à la Maison de l’Environnement de Besançon.
Deux ans et demi après la disparition de Bruno Ferrandez , en janvier 2007, un an après une première exposition posthume consacrée à ses photos du Petit Théâtre de la Bouloie, le travail laotien de notre confrère est montré à la Maison de l’Environnement. Une vingtaine de tirages couleurs montrent la vie quotidienne des ethnies Akha et Hmong qui vivent au cœur des forêts du nord du Laos. Les visiteurs pourront aussi visionner sur un ordinateur les centaines d’images que Bruno avait gravées sur un cédérom et accompagné de musique et de sons enregistrés là-bas.
L’authenticité des photos, l’intimité et la proximité qu’elles suggèrent disent beaucoup sur l’amitié que Bruno Ferrandez portait à ces peuples dont il avait appris la langue, qu’il avait approchés avec tact et humilité. « Il faisait des marches en forêt de plusieurs jours pour rejoindre les villages », raconte Christian, son père. « Il ne s’imposait pas, s’asseyait à quelques centaines de mètres et attendait. Les enfants venaient le voir en premier, puis les femmes, et enfin les hommes l’invitaient à rentrer dans le village ».
Cette attitude d’ethnologue lui a valu de travailler avec un chercheur du CNRS. Le texte qui accompagne les photos est d’ailleurs explicite. Bruno y dit deux ou trois choses de sa méthode pour entrer en contact. En trois voyages en trois ans, il était resté une année au total, dont huit mois en 2003. Il explique comment il a fini par être accepté par les gens qui l’accueillaient, comment il a participé aux travaux quotidiens, de la culture du riz au portage de l’eau. Il dit comment il a participé à des réunions où les villageois prenaient des décisions en sa présence, signe d’une confiance rare.
Il explique aussi avoir eu le temps de déceler quelques effets du « développement accéléré » dans lequel les villages étaient entraînés par l’État, provoquant des déplacements de villages. De semi-nomades installant leurs maisons dans un secteur vierge après avoir exploité les ressources du précédent, ces habitants des forêts sont sur la voie d’une sédentarisation synonyme d’acculturation, souvent de déchéance. Bruno écrit, en outre, sa crainte d’une perte d’un immense savoir acquis par ces peuples sur leur environnement.
Montrée une fois dans un café parisien, cette exposition fut un temps considérée comme perdue par le père de Bruno qui l’a « cherchée et retrouvée ». Et voulu la montrer à la Maison de l’Environnement, notamment parce qu’il est lui-même administrateur de l’une des associations qui y loge, Doubs-Nature-Environnement.
On connaissait les images de Bruno Ferrandez sur le front de l’actualité, de La Montagne à l’AFP en passant par L’Est Républicain. Après des expositions sur des reportages effectués à Berlin lors de la chute du mur, il y a presque 20 ans, à l’occasion du festival de musique, des marées noires ou dans les rues du Caire, avant un projet sur l’ensemble de son œuvre, voici des photos importantes sur la grande passion d’un homme qui n’aimait pas transiger. • Jusqu’au 30 juin, du lundi au vendredi de 9 h à 18 h à la Maison de l’Environnement, 7, rue Voirin, deuxième étage (près de la place Leclerc).
Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 06.06.2009