daniel bordur - journaliste

Jean-Paul Henry, faucheur volontaire

Petit paysan à Grand’Combe des Bois, sur le plateau du Russey, cet homme de conviction et de réflexion a commencé par avoir une confiance aveugle en la recherche génétique...


Jean-Paul Henry n’a rien d’une tête brûlée. A 54 ans, il y a longtemps qu’il est sorti de l’adolescence et de ses conduites à risques. Il revendique pourtant d’appartenir à la quarantaine de « faucheurs volontaires » du Doubs : « Je l’ai fait deux fois, et je recommencerai sans doute... ». Sans rire, il évoque les condamnations ayant frappé certains de ses amis : « Il y a le risque de sa liberté, le risque financier : des semenciers demandent 200.000 € de dommages et intérêts... »

Alors pourquoi ? « Nous sommes 6.000 en France. Nous avons tout essayé, tout argumenté. Beaucoup ont fait des démarches juridiques. Il y a même eu des essais dans le Doubs... » Notamment à Arc-et-Senans en 1996, dans une discrétion confinant au secret. Un scientifique alsacien avait en effet vu le tribunal administratif de Besançon rejeter, en 2002, sa demande de communication des « avis au public » que la mairie n’avait pas archivés dans un cas, pas reçus dans un autre (ER du 29 décembre 2002)...

« Un truc a fait tilt... »

Fils de paysans lorrains, Jean-Paul Henry ne se destinait pas à devenir un activiste de la lutte anti-OGM. Conseiller à la chambre d’agriculture de Moselle, puis salarié d’une coopérative agricole d’approvisionnement, il avait confiance dans la recherche. « Un truc a fait tilt dans ma tête vers 1997-98. Avec des paysans à l’affût des nouveautés techniques, on est allé à l’INRA de Versailles pour voir l’essai d’un nouveau colza à partir d’un croisement avec de la ravenelle (sorte de colza sauvage). Des gars ont semé ce nouveau colza et ça a été la catastrophe. Certaines parcelles ont répondu aux espérances de rendement, d’autres ont réagi aux produits phyto-toxiques, d’autres au stress, ne s’arrêtant plus de bourgeonner... Mon espoir aveugle s’est ébranlé. Et cette technique était moins aléatoire que la transgénèse ».

L’épisode fait réfléchir notre homme. Il lit, rencontre des chercheurs : « Quand je vois Jean-Pierre Berlan, directeur de recherche à l’INRA, ou Anne Briand, nous dire qu’on joue aux apprentis sorciers... On ne sait pas si le bacille qui tue, avec une toxine, la pyrale du maïs est stable dans le temps : ce serait une catastrophe si une plante ainsi modifiée allait dans la nature et rencontrait un problème, que son caractère génétique évolue comme l’a vu avec du coton... »

Journée anti-OGM le 8 avril

Jean-Paul Henry en conclut que « l’homme va trop loin ». Il cite un autre scientifique, le professeur Pusztai, qui a détruit les patates génétiques sur lesquelles il travaillait après avoir vu leur effet sur des rats : testicules hypertrophiés, problèmes immunitaires et intestinaux. « Il a parlé de ses essais, mais comme ils appartenaient au laboratoire qui l’employait, il a été viré... »

Dans sa petite ferme de 40 hectares à deux pas de la Suisse, Jean-Paul Henry produit 107.000 litres de lait par an à 1.050 mètres d’altitude. Ce lait va rejoindre celui de ses 17 collègues de la coopérative du village pour être transformé en comté, un fromage dont l’AOC exclut les OGM. Sur le carreau d’une fenêtre, une petite affiche mentionne : « Cette ferme refuse les OGM ». Comment ? « Je m’intéresse à l’auge de mes vaches et à mon assiette : il n’y a pas d’OGM sur l’étiquette. Mon fournisseur me le prouve avec une méthode d’analyse capable de détecter une graine par tonne... »

Jean-Paul Henry ne fait pas que prendre la faux ! Il participera samedi 8 avril à la journée mondiale anti-OGM à Besançon. La place Granvelle fourmillera de débats et d’animations. Et une vidéo-conférence scientifique se tiendra avec Paris.

Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 02.04.2006


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