L’ancien Lip milite aujourd’hui à AC !. Cette association de lutte contre le chômage réclame que 50.000 pauvres bénéficient des réductions prévues par la loi dans les TER de Franche-Comté.
Charles Piaget n’est pas homme à hausser le ton. Il n’est pas non plus du genre à se laisser marcher sur les pieds ou mener en bateau. Car c’est bien l’impression que lui fait la majorité de gauche du conseil régional. Dès son arrivée aux affaires, en 2004, elle se fait tirer par la manche par l’association AC ! Agir contre le chômage où milite l’ancien Lip.
AC ! demande l’application des lois de 1998 (contre l’exclusion) et 2000 (SRU, solidarité et renouvellement urbains) qui prévoient la mise en place de tarifications spéciales dans les transports publics pour les plus pauvres, ceux qui touchent des minima sociaux : RMI, ASS, allocations d’insertion, CMU, moins de 25 ans sans ressources suivis par les missions locales...
« On a eu l’hostilité de la majorité de droite de Jean-François Humbert, mais après une campagne d’affichage sur les TER, il a appliqué la moitié de la loi : 75% de réduction pour les seuls RMistes pour un aller-retour par mois en TER », explique Charles Piaget.
« À l’arrivée de la gauche, poursuit-il, on leur a dit : appliquez ce que vous avez voté au Parlement ! Mais on a rencontré inertie et désintérêt. Puis de réunion reportée en réunion reportée, on a appris en juin 2007 qu’ils allaient finalement étendre le dispositif aux ASS, AI et jeunes sans ressources. Comme on ne voyait rien venir en octobre, on les a interpellés, ils ont invoqué un problème d’accès aux fichiers. On a proposé notre aide, ils ont décliné... »
On en est aujourd’hui au même point et AC ! vient d’écrire à Marie-Guite Dufay et aux présidents des groupes politiques du conseil régional. L’association espère ne pas avoir besoin de saisir le tribunal administratif pour obliger l’assemblée à appliquer les lois de 1998 et 2000. Elles le sont depuis longtemps à Besançon. « Dès 1996, la ville a appliqué une carte pour les chômeurs ». Cela a été un peu plus dur avec la CAGB, il a fallu plusieurs années, mais on y est : « La CAGB a instauré en septembre 2007 une réduction de 52 % quand la loi dit 50 %. Mais avec 16 € par mois, le transport public y est plus cher qu’à Besançon où c’est 1,50 € ».
Charles Piaget ne cache pas son irritation devant l’attitude de la Région : « On a senti comme une sorte de honte de la gauche à parler de droits. Elle veut que ce soit lié à la recherche d’un emploi. En fait, la pauvreté a changé. Il n’y a longtemps rien eu pour les autres pauvres que les familles nombreuses et les personnes âgées ». Selon Piaget, les lois votées sous Jospin ont permis de rattraper ces manques. Il estime à 50.000 le nombre de Francs-Comtois susceptibles de bénéficier de telles réductions, contre seulement 14.000 aujourd’hui.
Lui fait-on remarquer que la Région finance déjà beaucoup le transport public, il l’admet, mais ajoute que Poitou-Charente, PACA ou l’Ile-de-France ont franchi le pas. Et situe dans un cadre plus global l’action d’AC ! : « La loi de 98 contre l’exclusion ne fait qu’accompagner le marché alors qu’on aurait pu aider les Scops, créer des emplois partout où le marché n’intervient pas, avec de l’économie mixte. L’idée de fond, c’est de réduire le périmètre du marché et d’accroître celui du vivre ensemble. On n’assiste pas aujourd’hui à des réformes, mais à une mise au pas de la société civile, notamment des salariés, pour accompagner le marché. Et il n’y a pas d’opposition claire. On n’y croit plus, c’est grave. Il faudrait qu’un souffle nouveau revienne. Cela devrait être le premier souci des partis de gauche et des syndicats. Voyez le désarroi de la CFDT qui avait tout misé sur le paritarisme qui est en train de s’écrouler car il faut une force derrière soi... »
Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 05.07.2008
Vice-président du conseil régional en charge des transports, Michel Loyat confirme les dires de Charles Piaget :
« Nous avons eu plusieurs réunions avec AC ! On avait déterminé un dispositif élargissant la loi qui se limite aux seules autorités organisatrices des transports urbains, à d’autres bénéficiaires de minima. On l’avait voté, mais n’a pas pu le mettre en place à cause d’un problème de confidentialité de listing informatique. Depuis, nous avons continué à travailler et allons proposer un autre dispositif au vote de l’assemblée : les personnes feront la demande à Contact TER et obtiendront le document ».
Quand ?
« À la prochaine assemblée plénière, en octobre. Je compte reprendre contact avec AC ! pour les informer. Je ne voulais pas les voir tant que ce n’était pas finalisé »
Pourquoi cela a-t-il pris quatre ans ?
« Pas autant, le premier vote a eu lieu en juin 2007... C’est vrai que nous avons mis du temps, mais nous allons plus loin que la droite. Et le dispositif que nous prévoyons sera plus avantageux que celui adopté en 2007 : la réduction sera illimitée à la demande. Ceci étant, quand on est RMiste et qu’on paie 25%, la limite existe... »
Charles Piaget est sévère pour la gauche...
« Je comprends ses propos. Mais nous venons aussi d’élargir à tous une tarification spécifique aux salariés car il n’y aura plus besoin d’attestation d’employeur. Il s’agit d’un abonnement à tarif réduit qui peut être intéressant si l’on voyage tous les jours de la semaine... »
Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 05.07.2008