L’agression d’un conducteur de bus, dimanche 12 septembre, avait entraîné le lendemain la paralysie du réseau Ginko, en grève totale et spontanée. Les exagérations de sa version des faits risquent quant à elles de laisser des traces bien plus longtemps dans les esprits.
En découvrant dans notre édition d’hier que le chauffeur en avait rajouté, contribuant à exacerber la tension, un responsable syndical de Ginko réalisait aussitôt le malaise. « On risque de ne pas être crédible », souligne-t-il en envisageant l’hypothèse d’une nouvelle agression qu’on aurait, pour le coup, du mal à considérer pour vraie.
Dans un second temps, il estime nécessaire d’avoir « une explication » avec son collègue qui devra, sans doute, en avoir une avec l’entreprise. Est-il en effet légitime de bâtir un mouvement social, de négocier d’éventuelles mesures de sécurité à partir d’un témoignage discutable, voire contestable, fût-il émis sous le coup de la colère ?
Sur quoi se baserait-on pour agir et parler ? Sur du vent, un sentiment, des impressions ?
Ne joue-t-on pas à se faire peur ? Et les décideurs, ont-ils réellement pris la mesure des menues déviances qui ne demandent qu’à exploser à la moindre étincelle ?
Quiconque prend souvent le bus, lieu confiné de mixité sociale et de rigolade, d’échange et de solitude, de promiscuité, sait que toutes ces questions se posent. Mais bien au-delà du secteur du transport public, sur ce coup-là révélateur, miroir de la société.
Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 23.10.2011