François Petit a été, pendant 15 ans, instituteur à la maternelle Bersot de Besançon. Heureux retraité, c’est sa deuxième rentrée sans élève ! Sa passion pédagogique est intacte, son regard toujours critique : « Mon idéal m’a fait me lever tous les jours et j’ai eu la chance d’avoir des effectifs corrects avec une vingtaine d’enfants. On est dans une société du chacun pour soi, la solidarité n’existe plus. Pourquoi les enseignants seraient-ils les derniers des Mohicans à préserver le lien social ? On leur fait porter le chapeau sur le manque de respect, la citoyenneté. Quand ça va mal, on s’en prend aux enseignants et aux flics sans remettre en cause la société. L’école est le reflet de tout ça, une effroyable machine à sélectionner ». On croyait que la sélection était devenue un dogme universel, mais non : « Je suis pour donner une place à chacun selon ses capacités, l’important c’est le cheminement qu’on fait ». Il est dans la lignée de Jules Ferry : « La société était très différente, il s’agissait alors de lutter contre la mainmise de l’enseignement religieux, d’éduquer les gens ». Plutôt que les instruire ? « Ferry réfléchissait à ce qui peut former des citoyens, je veux former des individus, des êtres ! C’est vrai, devant 25 gosses tu mets tes théories dans ta poche et tu fais comme tu peux... À la maternelle, il y a une grande liberté pédagogique, j’ai tenté de faire de la formation du caractère... Je me suis battu pour que si les parents inscrivent les 2 ou 3 ans, ils s’engagent à ce qu’ils viennent régulièrement. Certains ont tendance à prendre la petite section comme une garderie. Et quand les inspecteurs voient dix enfants faire la sieste, il ne faut pas s’étonner que certains, dans les ministères, disent que les enseignants sont payés à langer les gosses... »
Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 02.09.2009