L’éthique est-elle en toc quand un patient se tordant de douleur attend quatre heures aux Urgences submergées par ceux qui s’y rendent parce qu’ils n’ont pas de quoi payer leur médecin ?
Bingo ! Cette question aurait pu être au coeur du colloque « Ethique, économie et santé » qui s’est tenu hier au Kursaal. Car, interroge, depuis longtemps et sur de nombreuses estrades, le docteur Régis Aubry, a-t-on pensé au coût de l’absence des solidarités ?
Répondant à la directrice de l’Agence régionale de santé qui pointe le coût croissant de la santé, le philosophe Thierry Martin retourne le problème : « Heureusement qu’on n’a pas un système de santé qui ne coûte rien, ce serait alarmant... »
Considérant la difficulté des questions éthiques quand « les usagers se méfient de plus en plus des professionnels », une infirmière de l’Observatoire national de fin de vie lance un SOS à la cantonade : « Y a-t-il un usager du système de santé dans cette salle ? »
Pas de réponse...
« Choqué » qu’on puisse estimer « un malade acteur de sa santé, comme si on pouvait être malade et autonome », le professeur Chopard, secrétaire du comité local d’éthique, n’admet que « la liberté », sartrienne selon lui, du patient « responsable ». Dans la salle, on lui répond que « l’acteur » n’est pas un « consommateur ».
Un usager, il y en a finalement un, met les pieds dans le plat : « Et si les comités d’éthique étaient les boules de gomme permettant de faire passer la pilule des fermetures de services et réduction d’effectifs ? » Cela fait bondir un directeur d’hôpital : « On fait participer les soignants de terrain à la réflexion sur les conséquences de la réduction de moyens. »
On y revient toujours. Et toc.
Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 04.12.2011