Elle surgit hilare du fond de la scène, dans un long fuseau rouge dénudant ses épaules. Puis d’un air ingénu lâche : « chaque fille a dans sa vie un enfoiré de première ». C’est alors parti d’un coup d’un seul pour un voyage osé et tendre dont les étapes sont autant de formules jouant avec les hommes : « sont-ils autre chose qu’une source d’inspiration ? ». Clotilde Moulin aime les mots et les idées autant que la provocation, pourvu qu’elle soit joyeuse !
« Je t’aimais parce que ça pouvait faire jaser », susurre-t-elle taquine avant de laisser tomber comme une évidence : « l’amour fait prendre à ceux qui s’aiment/la liberté pour un blasphème ». La jeune Bisontine a des poses de femme et déclare une dèche d’étudiante, des souvenirs d’enfance et les craintes lucides de ses 20 ans : « l’amour c’est un drôle d’enfer/l’amour c’est cette drôle d’affaire/qu’on est condamné à faire/à défaire et à refaire ».
Pour son premier concert, le soir de la Saint-Valentin dans un petit Kursaal bien rempli, elle a montré une belle envie, un sacré tempérament et des textes choc bien rigolos. Portée par les arrangements de Boris Mégot, elle varie les angles avant de chanter un étonnant duo de rupture mélo avec le prometteur Baptiste Chabauty. Gratouillant un bout d’opéra de Donizetti à la harpe, elle est aussi à l’aise dans le rock rebelle : « j’veux personne pour sentir mon haleine au réveil/j’veux pas avoir à dire à quelqu’un que j’l’aime ».
Le public, lui, l’aime déjà...
Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 20.02.2003