daniel bordur - journaliste

Vif débat autour d’un marais

La zone humide du ruisseau de la Tanche, qui sépare Morteau et Les Fins, a été largement remblayée il y a des décennies. Juin 2009 : des riverains craignent son extension. À tort ?


Partout en Europe, on célèbre les vertus des zones humides, notamment en matière de biodiversité ou de stockage des eaux de fonte ou de fortes pluies. Comme souvent, la France a été un peu à la traîne pour les sauvegarder, mais elle a fini par s’y mettre. Dans le Doubs comme ailleurs, la frénésie des aménageurs a conduit à quelques folies dans les années 1960 et 1970. On a drainé les marais pour les assécher afin de faire place à l’agriculture ou à l’industrie. Sur le Drugeon, en amont de Pontarlier, on a remplacé les méandres par un canal rectiligne. Résultat, l’eau coule plus vite, érode les berges, éreinte la micro-faune, aggrave les inondations loin en aval...

Dans le val de Morteau, le court ruisseau de la Tanche a subi un sort identique. Peu avant de se jeter dans le Doubs, il s’écoulait tranquillement au milieu d’un marais de plusieurs dizaines d’hectares. Une bonne moitié a été asséchée pour faire place à une zone commerciale, d’abord sur la rive gauche, sur le territoire des Fins, puis commerciale et artisanale en rive droite, sur Morteau. Des rejets pas toujours très clairs se sont en outre retrouvés dans le ruisseau. Cela a notamment entraîné le déménagement de la centrale à béton des frères Ruggeri sur la zone intercommunale du Bas de la Chaux. Mais la destruction de l’ancienne centrale, concassée et aplanie, a généré des inquiétudes parmi les riverains du marais qui ont constitué un collectif. « Mon mari a mesuré, il y a 5.000 m2 de nouveau remblai qui est passé à 4 m d’épaisseur à certains endroits », assure Gaelle de Bettignies.

« Mensonges ! », s’insurge Gérard Ruggeri, copropriétaire de la parcelle avec son frère Jacques. « C’est faux, il y a peut-être 20 cm de plus, il n’y a pas de nouveau remblai », assure Gérard Feuvrier, le secrétaire général de la mairie de Morteau. « Le remblai derrière le Lidl a avancé sur le marais de façon très significative, ce qui a agrandi la surface aménageable en gagnant sur la zone humide », indique le collectif dans un tract diffusé dans le quartier. L’imagination aidant, ils prêtent à la ville, comme aux frères Ruggeri, l’intention de relier la plateforme actuelle à la rue des Fritilaires voisine... Le tracé du projet de route des microtechniques passant sur l’autre versant du marais, ils craignent qu’un jour, l’ensemble du marais soit asséché et aménagé...

Cela fait lever les yeux au ciel de Gérard Feuvrier : « On est en zone inondable, il n’est pas question de remblayer davantage ». Mais alors, pourquoi la rive mortuacienne est-elle constructible sur les documents d’urbanisme quand la rive des Fins ne l’est pas ? « On n’a pas eu le temps de faire la révision... »

Pour bien mettre les points sur le i, Annie Genevard, la maire de Morteau, rencontrera le collectif lundi prochain. « On voudrait simplement être sûrs que ça s’arrête là », dit Claude Faivre, ancien élu local d’opposition et membre du collectif.

Ses amis ont saisi la commission de protection des eaux pour qui il y a bien un nouveau remblai de plus de 1.000 m2, donc soumis au dépôt d’un dossier relatif à la loi sur l’eau. La DIREN et la police de l’eau ont également été sollicitées. Le collectif prévoit une réunion publique le 22 juin sur les zones humides où il sera notamment question d’une piste de sentier d’observation du milieu...

Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 03.06.2009

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