Pas facile de quantifier la pollution organique de la Loue après l’incident survenu dans la nuit de jeudi à vendredi à la station d’épuration de la fromagerie Perrin, à Cléron. Selon les déclarations à la gendarmerie de son directeur technique, Jean-Luc Perrin, la station fonctionnait à 40 % de sa capacité de 150 m3 par jour. L’incident ayant duré quinze heures (de 17 h 54 jeudi à 8 h 50 vendredi), 37,5 m3 d’effluents se seraient retrouvés dans la nature.
Toujours selon ces déclarations, la station ne traite « que des eaux usées provenant du nettoyage » avec des « lessives bio sans acide ni phosphates ». Selon une bonne source, l’entreprise avait « des soucis réguliers de mousse depuis qu’elle a supprimé les produits lessiviels aux phosphates au début de l’année ».
D’après le maire, Chantal Guet-Guillaume, dont Jean-Luc Perrin est un adjoint, « le traitement des mousses est difficile », notamment parce que les effluents comportent des « dérivés organiques du lait ». La présence de résidus de lait dans les stations d’épuration des fromageries est d’ailleurs signalée par le Cémagref, institut de recherche sous tutelle des ministères de l’Agriculture et de la Recherche.
La Commission de protection des eaux (CPE) indique pour sa part, sur son site internet, qu’elle estime la quantité de matière organique déversée à environ 100 m3. Son président, François Devaux, est « étonné qu’il en soit parti aussi longtemps dans la nature. Pourquoi n’y a-t-il pas de système de rétention pour arrêter le flux, par exemple un merlon au bord du talus ? » Dans notre édition d’hier, Jean-Luc Perrin laisse entendre qu’il réfléchit à des mesures pour l’avenir.
Restent d’autres questions. Pourquoi la gendarmerie n’a-t-elle été avisée que lundi à 10 h 30 ? Elle s’est rendue aussitôt sur place. Pourquoi la direction départementale des territoires (DDT, ex DDA et DDE), qui exerce la police de l’eau, n’a-t-elle été avertie, également, que lundi ? L’entreprise admet la lenteur de sa réaction : « Je n’ai moi-même été prévenu qu’à midi », nous a indiqué lundi matin Jean-Luc Perrin à qui il restait alors à « informer la DSV ». En fait, l’ex-direction des services vétérinaires désormais en charge des installations classées au sein de la nouvelle DDCSPP, injoignable hier en « raison d’un trop grand nombre d’appels ». De quoi faire bondir François Devaux : « L’inspecteur des installations classées doit être informé immédiatement ».
L’entreprise a en tout cas la responsabilité de faire effectuer à ses frais des prélèvements, en amont et en aval du rejet, et un rapport sur son impact sur le milieu, indique-t-on à la DDT qui précise qu’ « ensuite les services de l’État suivent ».
On en saura alors un peu plus sur l’effet des matières organiques rejetées dans l’eau dont l’oxygène est consommé par leur dégradation. Notamment en ammonium, puis nitrites, toxiques pour les animaux car bloquant le transport d’oxygène par l’hémoglobine, puis nitrates...
Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 25.08.2010
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