daniel bordur - journaliste

Trop de bruit nuit, même le jour

On n’est pas exposé aux risques sonores (santé, scolarité...) de la même manière, selon son statut social ou son quartier : dix chercheurs bisontins y travaillent depuis 2006.


Le bruit ne casse pas que les oreilles. Les médecins en connaissent les effets sur la santé : gêne et surdité, bien sûr, mais aussi risque accru d’infarctus et d’hypertension artérielle, troubles du sommeil, stress, irritabilité, probablement des conséquences néfastes pour les femmes enceintes...

Les sciences humaines révèlent que les enfants habitants près d’un grand aéroport ont des résultats scolaires inférieurs à la moyenne. Bref, trop de bruit nuit à une vie harmonieuse et à l’égalité républicaine !

Parce qu’ils en avaient l’intuition, une dizaine de chercheurs bisontins travaillent depuis trois ans sur le sujet. Réunis dans quatre équipes universitaires (Thema, Femto, labo de psycho, labo de chrono-environnement), épaulés par le CHU, l’Inspection académique, la ville et le centre scientifique et technique du bâtiment (Grenoble), ils ont installé trois sonomètres dans 44 logements répartis aléatoirement sur Besançon. L’un dans la pièce principale, le second dans une chambre d’enfant, le troisième sur la façade de cette même chambre.

Le tout étant relié à un ordinateur captant les décibels chaque seconde pendant 300 heures, puis analysé selon des niveaux moyens pour trois tranches horaires : 6-18 h, 18-22 h, 22-6 h.

Premier constat : « On retrouve les inégalités socio-économiques dans l’exposition au bruit », note Frédéric Mauny, médecin hospitalier, enseignant en santé publique et chercheur au labo de chrono-environnement. On a également repéré des contrastes géographiques, qui recoupent peu ou prou les différences sociales : il y a davantage d’exposition au bruit dans les grands ensembles sociaux que dans l’habitat dispersé, qui est lui-même plus exposé que le centre ancien élargi aux Chaprais et, curieusement, à Battant. Bien sûr, certains événements ponctuels donnent lieu à des pics enregistrés jusqu’à 99 dB, « l’équivalent d’un walkman à fond », dit Frédéric Mauny : klaxons et marteaux-piqueurs, Foire comtoise, fête de la musique, et même nids d’oiseau tout près du micro ! Loin cependant des 120 dB d’une Formule1.

Une fois que les machines ont mixé toutes les données, on réalise que 7% des logements ont un niveau moyen d’exposition supérieur à 65 dB, autant que ceux ayant moins de 45 dB, 40% étant dans une zone moyennement calme autour de 55 dB.

On est loin des 30 dB que l’Organisation mondiale de la Santé considère comme fournissant de bonnes conditions de sommeil : « Un enfant sur dix est dans ces conditions optimales », dit le médecin.

L’étude se prolongera par l’établissement d’une carte des bruits d’ici un an. Puis, elle fera le lien avec les résultats scolaires, un questionnaire ayant été envoyés aux familles dont un enfant était en CE2 en 2007.

À plus long terme, une étude traitera des effets sur la santé.

Daniel BORDUR /L’Est Républicain - 29.05.2009

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